#TrésorDeBU n°4 – Relation d’un voyage en Sibérie en 1760

Pour ce 4e #TrésorDeBU et alors que l’été pointe (péniblement) ses rayons de soleil, direction Vénus et la Sibérie !

Jean Chappe d’Auteroche, Vénus et la Sibérie

Portrait de l’Abbé Jean Chappe d’Auteroche (1722-1769) / dessiné par Jean-Martial Frédou et gravé par Jean-Baptiste Tilliard (estampe ; en ligne sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55001540k/f1.item)

Jean Chappe d’Auteroche, abbé cantalien, brillant étudiant en mathématiques et en astronomie, est nommé adjoint astronome à l’Académie des Sciences de Paris en 1759. L’année suivante, missionné par le roi pour observer le phénomène astronomique du transit de Vénus, il prend part à une expédition qui le mène aux confins de la Sibérie, dans la ville de Tobolsk.

Le Voyage en Sibérie, publié en 1768 à Paris, rapporte cette aventure. Il est le premier récit français traitant de la Russie à mêler considérations scientifiques, données géographiques ou climatiques et réflexions ethnologiques. L’abbé Chappe y relate toutes sortes d’observations qu’il a pu noter lors de son périple : de ses découvertes au détail de son parcours semé d’embûches…

Plus qu’un voyage, un véritable périple !

En effet, dès le début de son voyage, il casse ses instruments, puis rate son embarquement en Hollande et se fait voler son « porte-manteau »…

Par la suite, il se retrouve souvent bloqué ou ralenti par la neige, la glace ou la débâcle. Cela lui permet néanmoins de découvrir « pour la première fois la facilité de voyager avec des traîneaux : nous allions avec la plus grande vitesse, sans éprouver aucun accident », admet-il.

En parallèle, il nous livre des descriptions de tout ce qui le marque lors de son voyage sans cacher son hostilité pour de nombreuses mœurs du monde russe. Cela provoque, après la publication du livre, la colère de l’impératrice Catherine II. Elle lui répond en 1770 dans son Antidote, livre de plus de 500 pages dans lequel elle réfute toutes les affirmations de l’Abbé.

Chappe réussit à observer ce fameux phénomène astronomique. Il s’agit du passage de Vénus exactement entre la Terre et le Soleil. Se produisant seulement deux fois par siècle à huit ans d’intervalle, visible à l’œil nu à condition d’être équipé de matériel à filtre solaire, à l’époque de notre ouvrage, il a lieu en 1761 et 1769. Pour notre siècle, c’était en 2004 et 2012.

Mappemonde sur laquelle on a marqué les heures et les minutes du temps vrai de l’entrée et de la sortie du centre de Vénus sur le disque du soleil […] le 6 juin 1761 […] par M. De L’Isle (en ligne sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8491384k/f1.item)
Code couleurs utilisées pour cette carte :
– Vert : où l’on ne voit que l’entrée et une partie du transit ;
– Jaune : où l’on ne voit qu’une partie ou que la sortie du transit ;
– Rouge : où l’on voit tout
– Rien : où l’on ne voit rien

De retour à Paris, il écrit son livre et prépare son prochain voyage en Californie mexicaine pour observer à nouveau le transit de 1769. Il y parvient sans difficultés, devenant le seul astronome à avoir étudié le double phénomène au XVIIIe siècle. Cependant, trois jours après, il contracte une « maladie épidémique dangereuse » qui sévit en Californie et lorsque son état s’arrange, il insiste pour observer une éclipse de Lune. La fatigue provoque une rechute de la maladie dont il meurt finalement le 1er août 1769, tout de même satisfait d’avoir accompli sa mission.


Une autre histoire d’observateur de transit malchanceux

Autre français à avoir été missionné pour observer le transit de Vénus en 1761, Guillaume-Hyacinthe-Joseph-Jean-Baptiste Le Gentil de La Galaisière s’est rendu à Pondichéry et en a fait un récit. Ce livre, Voyage dans les mers de l’Inde […] publié à Paris en 1779, fait également partie du fonds ancien de la bibliothèque Lettres et Sciences humaines (Res 520).

Il part en 1760, mais le conflit colonial de la guerre des Sept Ans l’empêche de débarquer et donc d’observer le phénomène. Une fois la ville restituée à la France en 1763, il décide de rester sur place, de construire un observatoire et de réunir le matériel nécessaire pour observer le passage de Vénus prévu pour 1769. Arrivent le jour du transit, et de mauvaises conditions météorologiques qui empêchent l’observation ! Suite à ce second échec, il décide de rentrer en France, mais une tempête déroute et oblige son bateau à faire escale à La Réunion.

Lorsqu’en 1771, il réussit enfin à rentrer chez lui, tous le croit mort : son siège à l’Académie des sciences a été réattribué, sa femme s’est remariée, ses héritiers se sont partagés ses biens… Il faudra deux procès et l’intervention du roi pour qu’il récupère ses droits.


Le premier volume du tome 1 du Voyage en Sibérie de Jean Chappe d’Auteroche est actuellement exposé au 2e étage de la bibliothèque Lettres et Sciences humaines. L’intégralité du texte (2 tomes en 3 volumes) est, quant à elle, disponible en ligne sur Gallica.

M. l’Abbé Chappe étoit de taille médiocre, assez replet, d’une tempérament robuste & très-vif ; il avoit une ame simple, libre & franche & un cœur noble, droit & plein de candeur ; il étoit naturellement gai, social & porté à l’amitié ; il étoit lié avec ce qu’il y avoit de plus grand, le Roi même daignoit souvent s’entretenir avec lui & a honoré sa mort de ses regrets ; jamais personne n’a été plus désintéressé que lui, il aimoit la gloire, mais il ne voulait l’obtenir qu’à bon titre ; il vouloit mériter ses faveurs & non pas les dérober ; son courage & sa fermeté étoient sans bornes, ce que nous avons dit de lui en fournit plus d’une preuve ; il eût été seulement bien à désirer que la dernière qu’il en a donnée & qui mérite tant d’éloges, lui eût été moins funeste.

Histoire de l’Académie royale des sciences

Pour en savoir plus

Vous pouvez également voir une vidéo du transit de 2012 :

Et si vous souhaitez connaître les dates des prochains transits de Vénus : http://astro.ukho.gov.uk/nao/transit/V_1761/index.html !

Merci à Delphine Bramaz, stagiaire, et à Alice Mauvillain pour ce riche article et leur travail sur les fonds patrimoniaux de la bibliothèque Lettres et Sciences humaines – SCD Bordeaux Montaigne.

Des voyages pas comme les autres

Le quai de Bacalan à Bordeaux le soir

Alfred Smith – Le quai de Bacalan à Bordeaux le soir. 1883. Musée des beaux-arts de Bordeaux

« Voici aujourd’hui huit jours que je suis arrivée à Bordeaux – depuis il n’a pas cessé de pleuvoir. Je suis ici avec deux mauvaises paires de souliers, j’ai les pieds continuellement mouillés et je suis malade – or dans ma position d’apôtre je n’ai pas le temps d’être malade. »

Flora Tristan a écrit ces lignes le 22 septembre 1843 ce qui nous montre que si, depuis, la ville a changé, le temps y reste le même. Ce voyage dans le Bordeaux du XIXème siècle nous est proposé par la collection de poche « La Découverte » des Éditions Maspero. François Maspero (1932-2015) publiait des récits de voyages assez particuliers. L’ensemble des livres édités dans cette collection nous propose des regards croisés sur le monde et offre une vision singulière de notre univers.

À la bibliothèque de géographie-cartothèque vous pouvez en ce moment non seulement lire les chroniques des voyages de Christophe Colomb, Stendhal, Bartolomé de Las Casas, Bernal Diaz del Castillo, Marco Polo, Hernàn Cortes et d’autres, mais aussi les suivre à travers des cartes géographiques.

Rendez-vous à la bibliothèque de géographie-cartothèque, du 1er décembre au 31 janvier.

Voyage, voyage : une invitation au départ

Les rattrapages sont terminés, les soutenances de mémoire s’achèvent et vous cherchez à vous évader ? Les BU de Bordeaux Montaigne vous offrent quelques idées d’escapades au 2e étage de la BU Lettres et Sciences humaines, de la balade dans les lieux insolites de Bordeaux, en passant par les vignobles tout proches jusqu’au tour du monde dans les contrées les moins familières…Mappemonde en deux hémisphères accompagnée de vues comparatives de la hauteur des principales montagnes et de la longueur des principaux fleuvesRetrouvez dans vos BU tout un ensemble de guides touristiques (notamment à la BULSH, 1er étage, salle Nord), ainsi que de nombreux ouvrages invitant aux courts et longs périples, rencontres exotiques, escapades pittoresques et autres traversées aventureuses du monde, des carnets de voyage de Montaigne, Louis Antoine de Bougainville, W. S. Burroughs à Boussole de Mathias Énard (Prix Goncourt 2015). Pour aller plus loin (au sens propre comme au sens figuré), en plus de la sélection exposée et agrémentée d’un planisphère issu des collections de la Cartothèque, nous vous avons préparé une petite bibliographie loin d’être exhaustive

Ceux qui souhaitent voyager dans le passé pourront aussi jeter un coup d’œil aux cartes numérisées et disponibles en ligne sur 1886, la bibliothèque numérique des collections patrimoniales numérisées de l’Université Bordeaux Montaigne, comme celle illustrant cet article. Bien entendu, nous ne pouvons que conseiller aux intrépides voyageurs de se reporter plutôt sur des cartes un peu plus actuelles…

Comme le formulait le philosophe :

« Pour cette raison, la fréquentation des hommes est extrêmement favorable [à la formation du jugement], ainsi que la visite des pays étrangers, non pour en rapporter seulement, à la façon de la noblesse française, le nombre de pas de Santa Rotonda ou la richesse des caleçons de la signora Livia, ou [dire], comme d’autres, combien le visage de Néron de quelque vieille ruine de là-bas est plus long ou plus large que celui de quelque médaille représentant le même personnage, mais pour en rapporter les caractères et les manières de ces nations et pour frotter et limer notre cervelle contre celle d’autrui. » (Michel de Montaigne, Les Essais, Livre I, Chapitre XXVI « Sur l’éducation des enfants », éd. par A. Lanly, Paris, Gallimard, coll. Quarto, 2009, p. 187-188)

… ou, plus concis, le proverbe :

« les voyages forment la jeunesse »

… ou bien, encore, le célèbre tube des années 80 :

« Voyage, voyage »

Dans tous les cas, pensez à revenir pour la rentrée et le retour de vos documents… 😉

Des idées de voyage pour les vacances

Deuxième volet de notre série sur les outils scientifiques gratuits sur le web, voici Orbis, une application de modélisation spatiale du monde romain antique. Sur le principe d’un système d’information géographique, le service des humanités numériques des bibliothèques de l’Université de Stanford vous propose de calculer  les meilleurs itinéraires pour rallier les principales cités du monde antique par voie terrestre, fluviale ou maritime en fonction de différents moyens de transport.

Ainsi un citoyen romain du IIIème siècle ap. J.-C., résidant à Burdigala devra penser à partir au moins 20 jours à l’avance pour profiter de la douceur de l’Afrique et passer les fêtes du solstice d’hiver au pied des ruines de Carthage.

Le tutoriel vidéo de l’application

Rendez-vous prochainement pour découvrir un nouvel outil scientifique gratuit !