Juillet-Août 2019 : ouvrir les données de la recherche

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Quand on parle de « libre accès », on pense plus généralement aux publications scientifiques, c’est-à-dire aux produits « finis » de la recherche. Mais la notion de « Science Ouverte », plus générale, comprend aussi un enjeu important, celui de l’ouverture des données de la recherche, conçues comme l’ensemble des informations collectées ou produites par le chercheur. Là, la Science Ouverte rejoint un autre enjeu du débat contemporain : l’Open Data, et l’ouverture des données produites par des institutions publiques. Alors : pourquoi et comment ouvrir les données de la recherche ?

Qu’entend-on par « ouvrir » les données de la recherche ? Diffuser les matériaux de travail du chercheur en libre accès sur le Web pour permettre à d’autres chercheurs, ou même au monde non-académique, de les réutiliser. Oui, mais pas seulement. Le mot clé fondateur de l’ouverture des données de la recherche est le principe « FAIR », un concept pour exprimer l’objectif attendu par un projet de recherche quant aux données sur lesquelles il s’appuie : elles doivent être Faciles à trouver (indexation sur le Web), Accessibles (pas de barrière d’accès), Interopérables (ouverture au moissonnage dans des formats non propriétaires) et Réutilisables (juridiquement et techniquement). Ces quatre adjectifs constituent le fondement du Guide pratique pour une harmonisation internationale de la gestion des données de recherche, dont l’objectif est de s’assurer d’un socle minimal d’exigences auquel tout chercheur, quel que soit son pays et la politique nationale en la matière, peut se référer quand il souhaite « libérer » ses données. Ce guide peut donc être vu comme un point de départ lors de la rédaction de Plan de Gestion de Données, ou du choix d’entrepôts de données, pour éviter une trop grande dispersion des pratiques et des efforts alors même que l’enjeu des données de la recherche est encore récent.

https://www.ouvrirlascience.fr/science-europe-guide-pratique-pour-une-harmonisation-internationale-de-la-gestion-des-donnees-de-recherche/

La démarche de libération des données n’est pas anodine, et demande souvent un travail supplémentaire, et donc des moyens. C’est donc avant tout des financeurs de la recherche publique que l’incitation à l’ouverture des données émane. En France, l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) ne s’était pas encore complètement alignée sur les recommandations européennes allant dans le sens de l’application de l’Open Data à la donnée de recherche. Maintenant qu’elle a signé le Plan S, elle semble faire évoluer plus nettement sa politique en la matière. Ainsi, un second de l’ANR, complémentaire du plan d’action ANR 2020, vient fournir les recommandations en matière de rédaction de Plan de Gestion de Données, ces derniers étant désormais obligatoires dans les projets. Il invite les chercheurs à « Encourager et suivre l’ouverture des données », et on y retrouve l’adage des défenseurs de la donnée ouverte : « aussi ouvert que possible, aussi fermé que nécessaire » ; en d’autres termes : tant que d’autres obligations légales (confidentialité, secret professionnel, secret défense, respect de la vie privée et du droit d’auteur…) n’en limite pas la diffusion, ces données doivent être accessibles à tous sur le Web, sans restriction.

https://www.ouvrirlascience.fr/plan-de-gestion-de-donnees-recommandations-a-lanr

Point d’orgue de cet engagement de l’ANR en faveur de la science ouverte, l’appel flash science ouverte, lancé en mai 2019 pour financer des projets de recherche spécifiquement tournés vers l’ouverture de données scientifiques, a rendu son verdict. On trouve ainsi 25 projets retenus, dans des domaines aussi variés que l’emblématique médiévale, les neurosciences ou l’anthropologie.

https://anr.fr/fileadmin/aap/2019/aap-data-2019-selection.pdf

Plusieurs de ces projets se concentrent spécifiquement sur les façons de mettre en œuvre pour faciliter l’ouverture des données : quelle interopérabilité ? quelles méthodes ? quelle certification ?

Les Plan de Gestion de Données sont nécessaires car on ne peut mettre en libre accès l’ensemble des données de recherche : une connaissance du contexte juridique est nécessaire, notamment en ce qui concerne les données personnelles. En lançant une consultation publique spécifique sur la recherche scientifique, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL), vient précisément rappeler que l’Open Data de la donnée de recherche doit s’aligner sur d’autres droits fondamentaux. Dans de nombreuses disciplines (médecine, sociologie, histoire…) le matériau traité par le chercheur peut aussi constituer une donnée personnelle, et il importe de faire le point sur ces usages pour adapter les pratiques et ne pas diffuser n’importe quelle donnée. L’enquête permettra d’évaluer la réceptivité et la connaissance du monde académique à la législation sur les données personnelles.

https://www.cnil.fr/fr/webform/consultation-publique-recherche-scientifique

Mars 2019 : miscellanées de la science ouverte

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Du côté de l’édition scientifique, l’évènement le plus important est la parution du rapport de mi-parcours du comité de suivi de l’édition scientifique. Mis en place en 2016 autour de Daniel Renoult, ce comité a pour but d’accompagner les éditeurs scientifiques français dans la transition vers le libre accès, comme contrepartie des évolutions juridiques de la loi sur une République Numérique qui retirait à l’éditeur l’exclusivité de la diffusion des articles scientifiques. Si on attend avec impatience le rapport final, ce rapport de mi-parcours permet déjà de faire le point sur les activités du comité de suivi et donne quelques chiffres sur l’évolution, actuelle ou à venir, du libre accès dans l’édition française.

http://corist-shs.cnrs.fr/node/873

Si le rapport du comité de suivi se concentre d’abord sur l’édition de revues scientifiques, le libre accès et l’édition numérique progresse aussi du côté des éditeurs de livres. Le blog d’Open Edition a annoncé l’arrivée des Presses du Septentrion, grand éditeur universitaire du nord de la France, qui a mis en ligne par moins de 300 titres. Un tiers est en accès dit « Freemium » : la lecture intégrale en ligne est gratuite, tandis que le téléchargement en PDF reste payant. Plus proche du rédacteur de ces lignes, Ausonius Editions et les Presses Universitaires de Bordeaux sont elles aussi présentes depuis peu sur Open Edition Books (avec, dans le premier cas, un accès ouvert total au 59 titres mis en ligne) !

https://leo.hypotheses.org/15454
https://books.openedition.org/ausonius/
https://books.openedition.org/pub/
 
Pendant que certains éditeurs se tournent vers un libre accès légal, d’autres luttent contre un libre accès illégal. Après une plainte d’Elsevier et de Springer, une décision de justice prise par le tribunal de Paris début mars oblige les fournisseurs d’accès internet à bloquer les sites SciHub et LibGen, deux principales plateformes de partage d’articles et de livres numériques. Plusieurs chercheurs ont critiqué une décision qui entérine la marchandisation du savoir par des éditeurs oligopolistiques, et donnent des solutions pour contourner l’interdiction.

https://www.soundofscience.fr/1723
 
Terminons cette revue de presse du mois de mars avec légèreté : le libre accès inspire aussi des jeux de sociétés, généralement créées par les universités, souvent en partenariat avec des designers de jeux. Un article du blog Assessment Librarian signale plusieurs de ces créations originales, par ailleurs libres de droit et réutilisables à des fins de formation : on connaissait les jeux de cartes sur l’Open Access du SCD de l’Université Guyane, voilà maintenant un jeu de plateau. On lira aussi (en anglais) le témoignage de l’Université d’Essex autour d’un escape game autour de l’Open Access.
 
http://assessmentlibrarian.fr/?p=2149
https://insights.uksg.org/articles/10.1629/uksg.459/

Décembre 2018 : retour sur deux conférences sur le libre accès

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Décembre 2018 : retour sur deux conférences sur le libre accès

En décembre ont eu lieu deux conférences importantes sur le libre accès : les journées Science Ouverte à Paris, et la 14e édition de la Berlin Open Access Conference, rencontre historique du domaine. Nous présentons dans cette lettre ce qu’il fallait retenir de de ces rencontres.

Et pour bien commencer l’année, l’équipe de la Newsletter Open Access vous souhaite une excellente année 2019 !

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Novembre 2018 : accompagner les chercheurs, un enjeu majeur

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Novembre 2018 : accompagner les chercheurs, un enjeu majeur

Entre les infrastructures dédiées à l’Open Access, les décisions législatives (loi République Numérique), les grands plans européens comme le Plan S et l’évolution des structures éditoriales, les principes généraux du libre accès à la recherche scientifique bénéficient désormais d’un cadre tout à fait favorable. Il demeure néanmoins un enjeu de taille pour que le mouvement prenne de l’ampleur : accompagner l’ensemble chercheurs vers des pratiques de diffusion qui privilégient le libre accès. Tel est le défi à révéler pour les années à venir.

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Septembre 2018 : une coalition européenne pour la Science Ouverte !

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Septembre 2018 : une coalition européenne pour la Science Ouverte !

La cOAlition S se présente comme le rassemblement de treize agences de financement de la recherche européenne autour de dix principes fondamentaux de la science ouverte. Parmi ces principes, on retiendra particulièrement le premier : à compter de 2020, toute publication de recherche financée par des institutions européennes devra être librement accessible, soit dans une revue en libre accès, soit par une archive ouverte.

https://www.scienceeurope.org/coalition-s/

En France, l’Agence Nationale de la Recherche est signataire du Plan S et a, en conséquence, intégré de nouvelles dispositions dans son appel 2019 : les publications issues des projets financés devront être déposés en archive ouverte, et un plan de gestion de données devra témoigner de la volonté des chercheurs à partager leur recherche. En parallèle, l’ANR a signé la déclaration de San Francisco par laquelle elle s’engage à réviser ses pratiques d’évaluation de la production scientifique.

http://www.agence-nationale-recherche.fr/PA2019

http://www.agence-nationale-recherche.fr/informations/actualites/detail/lanr-signataire-de-la-declaration-de-san-francisco-sur-levaluation-de-la-recherche/

La particularité de la déclaration cOAlition S par rapport à d’autres actions similaires est d’être assez offensive à l’encontre des modèles alternatifs prônés par les éditeurs, dont le modèle dit « hybride » (des revues où seulement une partie est en libre accès) et, dans une moindre mesure, le modèle auteur-payeur et le principe d’embargo. Le Plan S appelle ainsi à une normalisation et une transparence des frais de publication du modèle auteur-payeur, ainsi qu’à la non-exclusivité de la cession des droits de diffusion par les chercheurs à l’éditeur, notamment via l’usage de licences libres, pour permettre un dépôt en archive ouverte immédiat. Cette dimension plus radicale que d’ordinaire (même si elle ne va pas jusqu’à déconseiller l’usage du modèle auteur-payeur, pourtant controversé) est critiquée par des représentants d’éditeurs, dont l’Association internationale des éditeurs scientifiques, techniques et médicaux qui craignent que 85% des revues actuelles du domaine ne se trouvent ostracisées. Mais c’est précisément pour contrer le monopole de certains éditeurs internationaux que le plan a été conçu. Un récent article du monde (accès abonné) témoigne de ces débats.

https://www.lemonde.fr/sciences/article/2018/09/16/le-plan-qui-fait-trembler-les-revues-scientifiques_5355916_1650684.html

Certains chercheurs voient aussi dans les annonces du Plan S, qui les obligerait, via les financeurs, à adopter certaines pratiques de publication plutôt que d’autres, une rupture du principe de liberté académique. En France, l’Académie des Sciences, tout en annonçant soutenir le principe du libre accès au moins sur le plan politique, met en garde contre le risque, théorique, d’une réduction des processus d’expertise avant publication.

http://www.academie-sciences.fr/fr/Communiques-de-presse/acces-aux-publications.html

Il semble néanmoins que, ces dernières années, le principe d’une ouverture libre et gratuite des résultats de la recherche scientifique ait fini par trouver sa place dans les politiques de recherche des pays européens. Au sein du Ministère de l’ESR, la transformation de la Bibliothèque Scientifique Numérique en Comité pour la Science Ouverte témoigne de ce changement de cap : la politique scientifique ne peut plus se concevoir sans un libre accès généralisé dont la mise en pratique reste néanmoins à mettre en place. La nomination récente de pilotes pour les groupes thématiques du CoSo annonce le travail à venir.

http://www.bibliothequescientifiquenumerique.fr/constitution-du-comite-pour-la-science-ouverte-les-co-pilotes/

Juillet 2018 : plan et projets nationaux et internationaux pour la science ouverte

Tous les mois, les BU de l’Université Bordeaux Montaigne envoient à ses abonnés la « newsletter Open Access » qui revient sur les actualités du libre accès du mois écoulé à travers une courte sélection thématisée avec soin par vos bibliothécaires. Pour être certain de la recevoir directement dans votre boîte mail, abonnez-vous ! : http://eepurl.com/bR0O3H

Juillet 2018 : plan et projets nationaux et internationaux pour la science ouverte

La principale actualité concernant l’Open Access est l’annonce du le Plan national pour la science ouverte par la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche. La lettre du mois revient largement sur cette politique nationale et ses implications.

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Joyeuse « Open Access Week »

Logo Open Access / Plos (CC-0)
Logo Open Access / Plos (CC-0)

Cette semaine et comme tous les ans depuis quelques années a lieu l’Open Access Week, une semaine dédiée à la promotion du libre accès.

Le libre accès inclut :

  • les archives ouvertes, dans lesquelles les chercheurs peuvent effectuer leurs propres dépôts (HAL est la plus connue en France mais on trouve plus de 2000 archives différentes listées sur le site ROAR)
  • les revues en libre accès, dont on pourra trouver une liste sur le site DOAJ (voir par exemple les revues en libre accès en français)

Pour mieux comprendre les enjeux du libre accès et ses principes nous vous conseillons cette courte vidéo, sous titrée par le groupe Open Access France :

Et pour un retour historique sur le sujet, nous vous conseillons ce diaporama réalisé par Jean-François Lutz, de l’université de Lorraine :