Le Nouveau Monde à l’époque de Montaigne : autour de l’Histoire générale des Indes de Francisco López de Gómara

C’est dans ce refuge [sa bibliothèque], qui était en même temps un observatoire, que [Montaigne] lut les relations des voyageurs français au Brésil […] mais aussi les chroniqueurs espagnols […].

Frank Lestringant, Le Brésil de Montaigne, p. 11-12

L’Histoire générale des Indes de Francisco López de Gómara parait en 1552 à Saragosse dans l’atelier d’Agustín Millán. La première partie est une chronique de la découverte et de la conquête de l’Amérique de Christophe Colomb à Francisco Pizarro, et la seconde concerne la conquête du Mexique mais elle est surtout conçue comme une biographie du conquistador Herman Cortés.

C’est un succès et l’ouvrage est à nouveau édité l’année suivante à deux reprises en Espagne. Malgré une ordonnance royale d’interdiction, suivront très rapidement en 1554 une autre édition saragossane et trois anversoises.

Il s’agit des dernières versions espagnoles avant le XVIIIe siècle, car la censure est virulente : pour accéder au texte, il faudra désormais le lire en italien, en français ou en anglais (sur ce point, voir aussi : Christian Duverger, Cortés et son double, p. 63-64) !

Cet ouvrage du XVIe siècle est actuellement exposé à la bibliothèque Lettres et Sciences humaines (3e étage) à l’occasion du Moi(s) Montaigne.

#TrésorDeBU n°3 – Calepin : du nom propre au nom commun

Pour ce 3e #TrésorDeBU, revenons sur l’histoire d’un mot, celui d’un outil particulièrement utile avant l’avènement des smartphones (et encore aujourd’hui) : le calepin.

Calepino et son dictionnaire

Ambrogio Calepino est un moine augustin du XVe siècle. Dans son couvent de Bergame, il passe une trentaine d’années à rédiger un dictionnaire qui va connaître un immense succès au cours des trois siècles qui vont suivre.

La première édition parait chez Dionisio Bertocchi à Reggio nell’Emilia en 1502. Au départ, il s’agit plutôt d’une compilation de définitions latines, sorte de lexique avec des digressions encyclopédiques, des équivalences en grec et des citations d’auteurs classiques antiques aussi bien que des Pères de l’Église.

Le lexique va peu à peu devenir un dictionnaire polyglotte à la faveur de nombreuses révisions, corrections et additions au cours des siècles. La présente édition lyonnaise datée de 1565 marque les débuts du succès de la formule plurilingue et l’apparition du français.

On recense effectivement environ deux cents éditions distinctes du « Calepino », dont les deux tiers au XVIe siècle. Certaines comptabilisent une dizaine de langues. Une vingtaine de villes, la plupart en Europe, représentent autant de lieux d’impression. L’importance de la production et le retentissement sont tels que par métonymie, on adoptera en France le mot calepin comme synonyme de dictionnaire.

Comme Littré, mais par chauvinisme, citons Montaigne :

Une pierre, c’est un corps. Mais qui presserait : « Et corps qu’est-ce ? Substance. Et substance quoi ? » ainsi de suite, acculerait enfin le répondant au bout de son calepin. On échange un mot pour un autre mot, et souvent plus inconnu.

Montaigne, Essais, III, chap. 13

Au XVIIIe siècle le calepin prendra peu à peu le sens actuel que nous lui connaissons en devenant un recueil de note ou un petit carnet, bien différent du volumineux in-folio d’origine exposé au 2e étage de la bibliothèque Lettres et Sciences humaines

Pour en savoir plus sur l’histoire du calepin

Vous pouvez également écouter :

On ne résiste pas non plus à partager ici les illustrations extraites de l’article du Geektionnerd, un blog écrit et dessiné par Simon « Gee » Giraudo :

« Calepin » dans le Geektionnerd (https://geektionnerd.net/calepin, article posté le 23 mai 2011, consulté le 29 mars 2019)
« Calepin » dans le Geektionnerd (https://geektionnerd.net/calepin, article posté le 23 mai 2011, consulté le 29 mars 2019)

#ÀnosIllustres : Élie Vinet, Robert Étienne, Henri Guillemin…

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Tout cet été, en vue d’une rénovation de sa signalétique (à l’avenir, les deux bâtiments principaux se nommeront Rosa Bonheur et Flora Tristan) l’Université Bordeaux Montaigne vous a invité à redécouvrir ses « illustres » (universitaires, enseignants, historiens, humanistes, etc.) qui ont donné leur nom à des amphithéâtres mais aussi à certaines de vos bibliothèques !

Débutons cette petite rétrospective avec ceux dont vos BU portent le nom :

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Dernier personnage de la série #Ànosillustres ! Elie Vinet (1509-1587) Humaniste français, philologue, archéologue, traducteur et historien de la Renaissance, recteur de l’université de Bordeaux Elie Vinet est né en 1509 dans le département de la Charente. Après de brillantes études à Angoulême, puis à Poitiers, il obtint le titre de " maître es arts " ; commença alors, comme pour beaucoup de savants de son temps, une vie errante d’enseignant : Barbezieux, puis Paris, Bordeaux, au collège de Guyenne, à Coïmbra au Portugal et de nouveau Bordeaux en tant que recteur de l’université où il termina sa carrière et ses jours en 1587. Élie Vinet est considéré comme le fondateur de l'érudition à Bordeaux. Il s'intéresse au patrimoine romain bordelais et en laissera des reconstitutions qui restent un modèle pour les historiens. L’esprit de la Renaissance se caractérise par une curiosité universelle, qui ne connaît pas encore le cloisonnement des savoirs : ainsi l’œuvre d’Elie Vinet touche le domaine des sciences, celui de l’histoire ancienne, celui des langues anciennes, avec de très nombreuses traductions, notamment d’Ausone et de Catulle. Elie Vinet fut enseignant au collège de Guyenne alors que Michel de Montaigne y débutait ses études. La bibliothèque #UBMontaigne spécialisée en histoire et histoire de l’art de l’Université Bordeaux Montaigne porte son nom. #UBMontaigne #ÀNosIllustres #CampusEnCommun #NotreHistoire #Bordeauxmaville Bio rédigée en collaboration avec les @bubmontaigne Illustration par @ludivio_

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Continuons notre série d’été #ÀNosillustres consacrée aux personnages ayant donné leur nom aux amphis et bibliothèques de l’#ubmontaigne Bio rédigée en collaboration avec @bubmontaigne – Illustration par @ludivio_ Robert Étienne (1921-2009) Historien et archéologue Né à Mérignac, agrégé d’histoire et ancien membre de l’École française de Rome, Robert Etienne a accompli une carrière très brillante à l’université Bordeaux 3, où il occupa dès 1961 la chaire d’histoire romaine ; il y dirigea l’Institut d’Histoire et le Centre Pierre-Paris qui, sous son impulsion, devint Ausonius. Archéologue et homme d’action, il fut à partir de 1990 codirecteur des fouilles de Sarmizegetusa. Robert Étienne a été reçu à l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres en 1999. Cet érudit courtois et bon vivant consacra, à plus de 80 ans, un savoureux triptyque à la gastronomie antique, où le vin, les salaisons et sauces de poisson, l'huile enfin sont lus comme "trois clés pour l'économie de l'Hispanie romaine". La bibliothèque de la Maison de l'archéologie porte son nom. #UBMontaigne #ÀNosIllustres #CampusEnCommun #NotreHistoire #Bordeauxmaville #archeologie

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#ÀNosillustres L’historien (et star de YouTube) Henri Guillemin Bio rédigée en collaboration avec @bubmontaigne Illustration @ludivio_ Henri Guillemin (1903-1992) Critique littéraire, historien et polémiste Henri Guillemin, né le 19 mars 1903 à Mâcon et mort le 4 mai 1992 à Neuchâtel en Suisse, est un historien, critique littéraire, conférencier et polémiste français, connu pour ses talents de conteur historique et pour ses travaux sur les grands personnages de l'histoire de France et sur différents grands écrivains. Il publia plus de 80 livres et fut un conférencier captivant. Agrégé de Lettres en 1927, il enseigna à l’université du Caire puis à la faculté des lettres de Bordeaux de 1938 à 1941, qu'il quitta en 1942 pour échapper à la police de Vichy et se réfugier en Suisse. L’historien connaît une gloire posthume grâce au Web. Ses émissions, dont la plupart de la Télé Suisse Romande (où il a œuvré de 1958 à 1973), atteignent plusieurs millions de vues sur Youtube. La bibliothèque Lettres – Anglais de #UBMontaigne prit officiellement le nom de bibliothèque Henri Guillemin en 2003. #UBMontaigne #ÀNosIllustres #CampusEnCommun #NotreHistoire #Bordeauxmaville

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Saviez-vous qu’un fonds Georges Cirot est conservé dans vos bibliothèques ? Vous pouvez découvrir certains de ces documents numérisés sur 1886, le site des collections patrimoniales de l’Université Bordeaux Montaigne : http://1886.u-bordeaux-montaigne.fr/collections/show/18.

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RDV à l'amphi Cirot ! 2e portrait pour la série d'été #Ànosillustres, à propos des personnages qui ont donné leur nom à nos amphithéâtres et bibliothèques. Biographies rédigées en collaboration avec les @BUBMontaigne Illustrations réalisées par @Ludivio_ —Georges Cirot (1870-1946) Hispaniste Agrégé de grammaire, il fut nommé maître de conférences d’études hispaniques à la faculté de lettres de Bordeaux le 6 novembre 1896. L’université de Bordeaux répondant à l’appel de la tradition hispanique, crée de son propre chef une maîtrise de conférences d’études hispaniques en 1898. Georges Cirot passe alors de la grammaire à l’espagnol avec le concours de son maître Morel-Fatio. On lui doit le Bulletin hispanique qui publie des travaux sur la langue, la littérature, la civilisation et l’histoire des pays ibériques et de l’Amérique latine. Georges Cirot détient le record de longévité en tant qu’enseignant à la Faculté des Lettres de Bordeaux : nommé en 1896, il y assure ses derniers enseignements sous forme de cours complémentaires jusqu’à la veille de sa mort en 1946, soit 50 ans plus tard ! L'amphi Cirot de l'#UBMontaigne université porte son nom. #UBMontaigne #ÀNosIllustres #CampusEnCommun #NotreHistoire #Bordeauxmaville

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Terminons avec une mention toute particulière pour Robert Escarpit (1918-2000) qui, s’il n’a pas donné son nom à une des BU de Bordeaux Montaigne, n’en reste pas moins un grand nom des sciences de l’information et de la communication.
À noter dans vos agendas : un colloque international en commémore le centenaire les 20 et 21 septembre 2018 !

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#ÀNosillustres avec Robert Escarpit. Bio rédigée en collaboration avec @bubmontaigne Illustrations de @ludivio_ —- Robert Escarpit (1918 -2000) Universitaire, journaliste et écrivain, fondateur de l’IUT Bordeaux Montaigne, président de l’université Bordeaux 3. Robert Escarpit est né le 24 avril 1918 à Saint-Macaire (Gironde). Si le grand public connaît Robert Escarpit pour ses billets publiés de manière quasi-quotidienne dans le Monde pendant une trentaine d’années, c’est le chercheur que l’Université Bordeaux Montaigne connaît le mieux. Au sein de l’université, il a en effet été l’un des acteurs majeurs des sciences de l’information et de la communication, participant activement à « l’école de Bordeaux » qui dominait alors cette discipline. En 1967, il est chargé de créer à Bordeaux le premier IUT du secteur tertiaire consacré à l'apprentissage du journalisme et des Carrières sociales. En 1968, le champ s'élargit, avec l'ouverture de deux options, respectivement en documentation et en communication d'entreprise. Il préside l’université Bordeaux III de 1975 à 1978. Il est l'auteur d'une cinquantaine d'ouvrages, partagés entre des essais littéraires ou sociologiques et des romans. Extrait du billet Au jour le jour, de Robert Escarpit paru dans Le Monde le samedi 4 mai 1968, sous le titre La faute à Voltaire ? « Lorsque dans dix ou vingt ans, M. Daniel Cohn-Bendit et ses amis seront doyens, recteurs, ministres ou l’équivalent sous quelque autre nom, je leur souhaite d’affronter la révolte de leurs propres étudiants avec autant de modération qu’on en fait preuve à leur égard, aujourd’hui, à Nanterre. » Le plateau TV de l’IUT Bordeaux Montaigne @iutmontaigne porte son nom #UBMontaigne #ÀNosIllustres #CampusEnCommun #NotreHistoire #Bordeauxmaville

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Et pour conclure, il nous fallait bien citer l’illustre Michel de Montaigne !

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On débute cette nouvelle semaine avec le plus illustre de nos illustres ! Michel de Montaigne (1533-1592). Philosophe, humaniste, écrivain, Maire de Bordeaux Fils de riches négociants gascons anoblis, il fait des études de droit et devient magistrat à Périgueux, puis au parlement de Bordeaux où il se lie d’amitié avec l’écrivain Etienne de La Boëtie. À la mort de La Boëtie en 1563, il se retire dans sa demeure en Dordogne, le château de Montaigne, et entreprend l’écriture des Essais. En 1581, les jurats de Bordeaux l’élisent maire de la ville. Durant quatre années, Montaigne, soucieux de dignité humaine et de tolérance, fidèle contre vents et marées à la monarchie, reste avant tout un combattant de la paix entre catholiques et protestants. Sa mort, en 1592, l’empêche d’en être un témoin privilégié. Il a laissé une œuvre, Les Essais, devenus une référence universelle, message d’humanité, sans cesse sollicité, sans cesse cité, sans cesse interrogé. L’université porte son nom depuis 1990. Série d'été #Ànosillustres Biographies rédigées en collaboration avec les @BUBMontaigne Illustrations réalisées par @Ludivio_ #ubmontaigne #ÀNosillustres #bordeauxmaville #notrehistoire #Montaigne #campusencommun #humanisme

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Voyage, voyage : une invitation au départ

Les rattrapages sont terminés, les soutenances de mémoire s’achèvent et vous cherchez à vous évader ? Les BU de Bordeaux Montaigne vous offrent quelques idées d’escapades au 2e étage de la BU Lettres et Sciences humaines, de la balade dans les lieux insolites de Bordeaux, en passant par les vignobles tout proches jusqu’au tour du monde dans les contrées les moins familières…Mappemonde en deux hémisphères accompagnée de vues comparatives de la hauteur des principales montagnes et de la longueur des principaux fleuvesRetrouvez dans vos BU tout un ensemble de guides touristiques (notamment à la BULSH, 1er étage, salle Nord), ainsi que de nombreux ouvrages invitant aux courts et longs périples, rencontres exotiques, escapades pittoresques et autres traversées aventureuses du monde, des carnets de voyage de Montaigne, Louis Antoine de Bougainville, W. S. Burroughs à Boussole de Mathias Énard (Prix Goncourt 2015). Pour aller plus loin (au sens propre comme au sens figuré), en plus de la sélection exposée et agrémentée d’un planisphère issu des collections de la Cartothèque, nous vous avons préparé une petite bibliographie loin d’être exhaustive

Ceux qui souhaitent voyager dans le passé pourront aussi jeter un coup d’œil aux cartes numérisées et disponibles en ligne sur 1886, la bibliothèque numérique des collections patrimoniales numérisées de l’Université Bordeaux Montaigne, comme celle illustrant cet article. Bien entendu, nous ne pouvons que conseiller aux intrépides voyageurs de se reporter plutôt sur des cartes un peu plus actuelles…

Comme le formulait le philosophe :

« Pour cette raison, la fréquentation des hommes est extrêmement favorable [à la formation du jugement], ainsi que la visite des pays étrangers, non pour en rapporter seulement, à la façon de la noblesse française, le nombre de pas de Santa Rotonda ou la richesse des caleçons de la signora Livia, ou [dire], comme d’autres, combien le visage de Néron de quelque vieille ruine de là-bas est plus long ou plus large que celui de quelque médaille représentant le même personnage, mais pour en rapporter les caractères et les manières de ces nations et pour frotter et limer notre cervelle contre celle d’autrui. » (Michel de Montaigne, Les Essais, Livre I, Chapitre XXVI « Sur l’éducation des enfants », éd. par A. Lanly, Paris, Gallimard, coll. Quarto, 2009, p. 187-188)

… ou, plus concis, le proverbe :

« les voyages forment la jeunesse »

… ou bien, encore, le célèbre tube des années 80 :

« Voyage, voyage »

Dans tous les cas, pensez à revenir pour la rentrée et le retour de vos documents… 😉