Rencontre avec le patrimoine documentaire à la bibliothèque Lettres et Sciences humaines (Journées européennes du patrimoine)

À l’occasion des Journées européennes du patrimoine 2019 (21 et 22 septembre), la bibliothèque Lettres et Sciences humaines de l’Université Bordeaux Montaigne a tenu à vous faire découvrir quelques uns de ses trésors documentaires !

Ce sont ainsi 4 documents qui ont été exposés et présentés par Alice Mauvillain, notre collègue en charge des fonds patrimoniaux de la bibliothèque. Retour sur l’histoire de ces documents qui n’en manque pas.

Une des premières cartes sur laquelle figure le nom « Amérique »

Cette édition d’un commentaire de Solin par Camers est un prétexte pour parler du « gymnase vosgien », collectif d’érudits humanistes établit à Saint-Dié dans les Vosges à qui l’on doit le baptême de l’Amérique.

En possession, grâce à leur protecteur René II duc de Lorraine, d’une copie du texte d’Amerigo Vespucci, Mondus Novus, et de cartes marines manuscrites, leur ambition est de donner une nouvelle édition de la Géographie de Ptolémée en l’actualisant de ces récentes découvertes.

Ils vont à cette occasion produire dans leur atelier d’imprimerie en 1507, un document cartographique majeur : le planisphère de Martin Waldseemüller. Première carte murale du monde xylographiée, première à calligraphier le mot Amérique et à entourer le nouveau monde d’eau en faisant ainsi un véritable continent. Elle va connaitre un destin hors du commun, relaté en détail dans un livre de Toby Lester.

En effet, de grand format (1 290 x 2 320 mm) imprimée sur douze planches distinctes, publiée séparément du traité de géographie qui l’accompagne, elle devait être assemblée et encollée sur de la toile, elle était donc fragile…

Oubliée, dépassée et remplacée, elle disparut totalement alors que le nom d’Amérique s’est rapidement imposé en Europe. Elle est considérée comme perdue jusqu’à sa redécouverte en Allemagne en 1901. A ce jour, seuls 3 exemplaires supplémentaires sont recensés, tous retrouvés au cours de ces huit dernières années !

Jusqu’alors, l’existence du planisphère de Waldseemüller n’était connue qu’à travers les dédicaces de l’Introduction à la cosmographie et sa représentation que par l’intermédiaire des copies de cartographes qui devinrent célèbres comme Sebastian Münster, Heinrich Glaréan, Petrus Apianus puis Mercator.

C’est ainsi que la carte d’Apian, seule illustration de notre ouvrage, fut considérée pendant environ 400 ans comme la plus ancienne version imprimée qui contribua à faire accepter le toponyme : America.

Document exposé

Solin (02..-02..) ; Johannes Camers (1447-1546)

Joannis Camertis minoritani arteum et sacrae theologiae doctoris in C. Julii Solini πολυίστωρa Enarrationes. Additus eiusdem Camertis index, tum literarum ordine, tum rerum notabilium copia / per commodus studiosis. Cum gratia & privilegio imperiali. Ou Polyhistor

Édition : Vienne (Autriche) : Lukas Alantsee et Johann Singriener, 1520

Note générale : La carte géographique gravée sur bois d’Apian porte le titre : « Tipus orbis universalis iuxta Ptolomei cosmographi traditionem et Americi Vespucii aliorumque lustrationes a Petro Apiano Leysnico elucubrata An. Do. M.DXX« . Elle fut considérée pendant environ 400 ans comme la première carte sur laquelle le nom « Amérique » était mentionné.
Note sur l’exemplaire : Reliure basane, tranches rouges, 16e siècle, restaurations anciennes.
Note sur la provenance : Ex-libris manuscrit d’un couvent bordelais cancellé au titre

Cote : Res 5156

Pour aller plus loin

Un dictionnaire hors du commun

Robert Estienne fut un célèbre imprimeur parisien. Humaniste érudit comme en témoignent sa vie, son activité éditoriale et ses amitiés avec Guillaume Budé, Jean du Bellay et surtout Jacques Lefèvre d’Etaples. Il publiera belles lettres, auteurs classiques, antiques et textes sacrés, maîtrisant les langues grecque, latine et hébraïque. Imprimeur du roi François Ier, il s’illustra aussi sur un plan typographique en collaborant avec Joffroy Tory ou Claude Garamont.

Par ailleurs, véritable lexicographe, il montra un intérêt constant pour les ouvrages consacrés à la langue : alphabet, grammaire, rhétorique et dictionnaire… Celui exposé en fait partie.

Il s’agit du premier grand dictionnaire français dont la nomenclature part des mots français et non pas latins. Il parait sous les presses de son auteur en 1539, l’année de l’ordonnance de Villers-Cotterêts, acte fondateur de la primauté et de l’exclusivité du français dans les documents et actes relatifs à la vie publique du royaume de France. C’est aussi la première fois qu’un ouvrage porte le nom français de « dictionaire » (avec un seul « n ») du latin médiéval dictionarium, collection de mots (dictiones).

C’est la réversion de son Dictionarium latino-gallicum, paru un an plus tôt, destiné à l’usage des latinistes, et en quelque sorte l’ancêtre du Gaffiot. Cependant, concernant notre ouvrage, si la langue française est bien celle des entrées du dictionnaire, ce n’est pas elle qui est mise en valeur. Le français permet plutôt de découvrir les tournures latines. Les lettres fleuries de l’alphabet majuscule sont gravées par Joffroy Tory. Revues et augmentées, les éditions des dictionnaires d’Estienne seront encore nombreuses chez plusieurs imprimeurs au XVIIe siècle.

L’exemplaire dont dispose la bibliothèque est d’autant plus précieux qu’il a appartenu à Henri II Estienne son fils, lui aussi imprimeur.

Il a également appartenu à Charles Beaulieux, bibliothécaire qui dirigea la Sorbonne entre les deux guerres. Éminent spécialiste des livres du XVIe siècle, il est également lexicographe et auteur entre autres d’une réforme de l’orthographe du français. Il a réuni une remarquable collection de grammaires et de dictionnaires dont la bibliothèque universitaire fit l’acquisition en 1954. Ses ouvrages sont souvent annotés, toujours au crayon d’une écriture fine et bien serrée. On le constate particulièrement sur son exemplaire interfolié de sa Liste des dictionnaires lexiques et vocabulaires français antérieurs au « Thrésor » de Nicot entièrement retravaillé.

Document exposé

Robert Estienne (1503 ?-1559)

Dictionaire francoislatin, contenant les motz & manieres de parler francois, tournez en latin.

Édition : Paris : Robert Estienne, 1532

Illustration : Lettres ornées à fond criblé gravées sur bois par Geoffroy Tory
Note sur l’exemplaire : Reliure velin, décors à double encadrement de filets dorés avec fleurons, aux armes des Fugger, surmontées des initiales accolées HE d’Henri Estienne, tranches mouchetées, 16e siècle.
Note sur la provenance : Fonds Beaulieux 1954 (Inv. n° 593)

Cote : Res 593

Pour aller plus loin

Voir aussi

Entre photographie et architecture, le travail d’Alphonse Terpereau

Alphonse Terpereau est un photographe nantais né en 1839. Il s’installe à Arcachon où ses photos des villas de la ville d’hiver le font connaître. Après le transfert de son atelier à Bordeaux, il se spécialise dans des photographies d’architecture, lors de la construction d’ouvrages d’art dans le Midi de la France et des transformations urbaines de Bordeaux au XIXe siècle.

Ainsi missionné par les Service des travaux publics de la ville de Bordeaux, la Compagnie des chemins de fer du Midi ou le Ministère des Travaux public, Alphonse Terpereau devient alors le premier photographe professionnel établi à Bordeaux au service de l’aménagement du territoire girondin, et donc un témoin privilégié de l’activité des ingénieurs et des architectes entre 1860 et 1890.

La majorité des photographies de cet album provient d’une commande de l’architecte municipal bordelais Pierre-Charles Durand. Ce sont des vues de l’ancienne faculté des Lettres et des Sciences qu’il a construit entre 1880 et 1886 à l’emplacement du couvent des Feuillants où Michel de Montaigne fut enterré en 1592. Il s’agit de l’actuel musée d’Aquitaine. Six photographies cependant concernent la faculté de Droit. Font également partie de l’œuvre de Pierre-Charles Durand à Bordeaux : la synagogue, le marché des Douves, le portail du Parc Bordelais, l’hôtel du Paty et l’ancienne bibliothèque municipale.

Document exposé

Alphonse Terpereau (1839-1897)

Université de Bordeaux : [album de photographies]

Date : [vers 1886] | Lieu : [Bordeaux]

Description : 31 épreuves sur papier albuminé collées sur carton (environ 19×25 cm ou 31×44 cm) montées sur onglet, reliées dans un album au format oblong.

6 vues de la faculté de Droit de Bordeaux et 25 vues de la faculté des Sciences et des Lettres de Bordeaux

Pour aller plus loin

Alphonse-Terpereau
Alphonse Terpereau : Autoportrait, sans date.

L’ambitieuse enquête d’Édouard Bourciez

Édouard Bourciez, linguiste et romaniste, est un spécialiste de l’occitan et plus particulièrement de la langue gasconne. Il débute sa carrière universitaire à la Faculté des Lettres de Bordeaux en 1883. Il y occupe à partir de 1895 la première chaire de « Langues et littératures du Sud-Ouest de la France ». A la même période, il entreprend une vaste enquête sur les parlers gascons de la région dont il présentera les résultats au public lors de l’Exposition universelle de Bordeaux de mai 1895. Il va, avec le concours des inspecteurs d’académie et les services de l’éducation nationale, récolter la transcription en idiomes gascons d’une version française de la Parabole de l’enfant prodigue auprès de tous les instituteurs en poste dans les communes de la région.

Sa préface est on ne peut plus claire : « le titre de ce recueil indique le but que nous nous sommes proposé ».

Fait étonnant : toutes les communes sans exception ont retourné leurs copies !

Le résultat est compilé en 17 volumes de 4444 pièces manuscrites qui ont depuis été confiés à notre bibliothèque et dont voici quelques exemplaires.

Également exposés et disponibles à la bibliothèque :

Documents exposés

Édouard Bourciez (1854-1946)

Recueil des idiomes de la région gasconne. Premier volume : Gironde, 1 (Bordeaux, Lesparre, Blaye)

Date : 1895 | Lieu de production : Aquitaine, Gironde (Bordeaux, Lesparre, Blaye)

Description : Premier des 17 volumes du recueil des communes des dix départements de langue gasconne. 248 pièces Papier. 285 × 218 mm. Demi-reliure chagrin.

Cote : Ms 29

Le mot de la fin

À bientôt !

#TrésorDeBU n°4 – Relation d’un voyage en Sibérie en 1760

Pour ce 4e #TrésorDeBU et alors que l’été pointe (péniblement) ses rayons de soleil, direction Vénus et la Sibérie !

Jean Chappe d’Auteroche, Vénus et la Sibérie

Portrait de l’Abbé Jean Chappe d’Auteroche (1722-1769) / dessiné par Jean-Martial Frédou et gravé par Jean-Baptiste Tilliard (estampe ; en ligne sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55001540k/f1.item)

Jean Chappe d’Auteroche, abbé cantalien, brillant étudiant en mathématiques et en astronomie, est nommé adjoint astronome à l’Académie des Sciences de Paris en 1759. L’année suivante, missionné par le roi pour observer le phénomène astronomique du transit de Vénus, il prend part à une expédition qui le mène aux confins de la Sibérie, dans la ville de Tobolsk.

Le Voyage en Sibérie, publié en 1768 à Paris, rapporte cette aventure. Il est le premier récit français traitant de la Russie à mêler considérations scientifiques, données géographiques ou climatiques et réflexions ethnologiques. L’abbé Chappe y relate toutes sortes d’observations qu’il a pu noter lors de son périple : de ses découvertes au détail de son parcours semé d’embûches…

Plus qu’un voyage, un véritable périple !

En effet, dès le début de son voyage, il casse ses instruments, puis rate son embarquement en Hollande et se fait voler son « porte-manteau »…

Par la suite, il se retrouve souvent bloqué ou ralenti par la neige, la glace ou la débâcle. Cela lui permet néanmoins de découvrir « pour la première fois la facilité de voyager avec des traîneaux : nous allions avec la plus grande vitesse, sans éprouver aucun accident », admet-il.

En parallèle, il nous livre des descriptions de tout ce qui le marque lors de son voyage sans cacher son hostilité pour de nombreuses mœurs du monde russe. Cela provoque, après la publication du livre, la colère de l’impératrice Catherine II. Elle lui répond en 1770 dans son Antidote, livre de plus de 500 pages dans lequel elle réfute toutes les affirmations de l’Abbé.

Chappe réussit à observer ce fameux phénomène astronomique. Il s’agit du passage de Vénus exactement entre la Terre et le Soleil. Se produisant seulement deux fois par siècle à huit ans d’intervalle, visible à l’œil nu à condition d’être équipé de matériel à filtre solaire, à l’époque de notre ouvrage, il a lieu en 1761 et 1769. Pour notre siècle, c’était en 2004 et 2012.

Mappemonde sur laquelle on a marqué les heures et les minutes du temps vrai de l’entrée et de la sortie du centre de Vénus sur le disque du soleil […] le 6 juin 1761 […] par M. De L’Isle (en ligne sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8491384k/f1.item)
Code couleurs utilisées pour cette carte :
– Vert : où l’on ne voit que l’entrée et une partie du transit ;
– Jaune : où l’on ne voit qu’une partie ou que la sortie du transit ;
– Rouge : où l’on voit tout
– Rien : où l’on ne voit rien

De retour à Paris, il écrit son livre et prépare son prochain voyage en Californie mexicaine pour observer à nouveau le transit de 1769. Il y parvient sans difficultés, devenant le seul astronome à avoir étudié le double phénomène au XVIIIe siècle. Cependant, trois jours après, il contracte une « maladie épidémique dangereuse » qui sévit en Californie et lorsque son état s’arrange, il insiste pour observer une éclipse de Lune. La fatigue provoque une rechute de la maladie dont il meurt finalement le 1er août 1769, tout de même satisfait d’avoir accompli sa mission.


Une autre histoire d’observateur de transit malchanceux

Autre français à avoir été missionné pour observer le transit de Vénus en 1761, Guillaume-Hyacinthe-Joseph-Jean-Baptiste Le Gentil de La Galaisière s’est rendu à Pondichéry et en a fait un récit. Ce livre, Voyage dans les mers de l’Inde […] publié à Paris en 1779, fait également partie du fonds ancien de la bibliothèque Lettres et Sciences humaines (Res 520).

Il part en 1760, mais le conflit colonial de la guerre des Sept Ans l’empêche de débarquer et donc d’observer le phénomène. Une fois la ville restituée à la France en 1763, il décide de rester sur place, de construire un observatoire et de réunir le matériel nécessaire pour observer le passage de Vénus prévu pour 1769. Arrivent le jour du transit, et de mauvaises conditions météorologiques qui empêchent l’observation ! Suite à ce second échec, il décide de rentrer en France, mais une tempête déroute et oblige son bateau à faire escale à La Réunion.

Lorsqu’en 1771, il réussit enfin à rentrer chez lui, tous le croit mort : son siège à l’Académie des sciences a été réattribué, sa femme s’est remariée, ses héritiers se sont partagés ses biens… Il faudra deux procès et l’intervention du roi pour qu’il récupère ses droits.


Le premier volume du tome 1 du Voyage en Sibérie de Jean Chappe d’Auteroche est actuellement exposé au 2e étage de la bibliothèque Lettres et Sciences humaines. L’intégralité du texte (2 tomes en 3 volumes) est, quant à elle, disponible en ligne sur Gallica.

M. l’Abbé Chappe étoit de taille médiocre, assez replet, d’une tempérament robuste & très-vif ; il avoit une ame simple, libre & franche & un cœur noble, droit & plein de candeur ; il étoit naturellement gai, social & porté à l’amitié ; il étoit lié avec ce qu’il y avoit de plus grand, le Roi même daignoit souvent s’entretenir avec lui & a honoré sa mort de ses regrets ; jamais personne n’a été plus désintéressé que lui, il aimoit la gloire, mais il ne voulait l’obtenir qu’à bon titre ; il vouloit mériter ses faveurs & non pas les dérober ; son courage & sa fermeté étoient sans bornes, ce que nous avons dit de lui en fournit plus d’une preuve ; il eût été seulement bien à désirer que la dernière qu’il en a donnée & qui mérite tant d’éloges, lui eût été moins funeste.

Histoire de l’Académie royale des sciences

Pour en savoir plus

Vous pouvez également voir une vidéo du transit de 2012 :

Et si vous souhaitez connaître les dates des prochains transits de Vénus : http://astro.ukho.gov.uk/nao/transit/V_1761/index.html !

Merci à Delphine Bramaz, stagiaire, et à Alice Mauvillain pour ce riche article et leur travail sur les fonds patrimoniaux de la bibliothèque Lettres et Sciences humaines – SCD Bordeaux Montaigne.

#TrésorDeBU n°3 – Calepin : du nom propre au nom commun

Pour ce 3e #TrésorDeBU, revenons sur l’histoire d’un mot, celui d’un outil particulièrement utile avant l’avènement des smartphones (et encore aujourd’hui) : le calepin.

Calepino et son dictionnaire

Ambrogio Calepino est un moine augustin du XVe siècle. Dans son couvent de Bergame, il passe une trentaine d’années à rédiger un dictionnaire qui va connaître un immense succès au cours des trois siècles qui vont suivre.

La première édition parait chez Dionisio Bertocchi à Reggio nell’Emilia en 1502. Au départ, il s’agit plutôt d’une compilation de définitions latines, sorte de lexique avec des digressions encyclopédiques, des équivalences en grec et des citations d’auteurs classiques antiques aussi bien que des Pères de l’Église.

Le lexique va peu à peu devenir un dictionnaire polyglotte à la faveur de nombreuses révisions, corrections et additions au cours des siècles. La présente édition lyonnaise datée de 1565 marque les débuts du succès de la formule plurilingue et l’apparition du français.

On recense effectivement environ deux cents éditions distinctes du « Calepino », dont les deux tiers au XVIe siècle. Certaines comptabilisent une dizaine de langues. Une vingtaine de villes, la plupart en Europe, représentent autant de lieux d’impression. L’importance de la production et le retentissement sont tels que par métonymie, on adoptera en France le mot calepin comme synonyme de dictionnaire.

Comme Littré, mais par chauvinisme, citons Montaigne :

Une pierre, c’est un corps. Mais qui presserait : « Et corps qu’est-ce ? Substance. Et substance quoi ? » ainsi de suite, acculerait enfin le répondant au bout de son calepin. On échange un mot pour un autre mot, et souvent plus inconnu.

Montaigne, Essais, III, chap. 13

Au XVIIIe siècle le calepin prendra peu à peu le sens actuel que nous lui connaissons en devenant un recueil de note ou un petit carnet, bien différent du volumineux in-folio d’origine exposé au 2e étage de la bibliothèque Lettres et Sciences humaines

Pour en savoir plus sur l’histoire du calepin

Vous pouvez également écouter :

On ne résiste pas non plus à partager ici les illustrations extraites de l’article du Geektionnerd, un blog écrit et dessiné par Simon « Gee » Giraudo :

« Calepin » dans le Geektionnerd (https://geektionnerd.net/calepin, article posté le 23 mai 2011, consulté le 29 mars 2019)
« Calepin » dans le Geektionnerd (https://geektionnerd.net/calepin, article posté le 23 mai 2011, consulté le 29 mars 2019)

#TrésorDeBU n°2 – Un caractère persistant

C’est non pas un mais deux trésors qui se livrent actuellement à vous au 2ème étage de la bibliothèque Lettres et Sciences humaines !

Un caractère persistant

La « lettre françoise d’art de main » ou « lettre façon descriture », typographie plus communément appelée « caractère de civilité », reproduit la lettre cursive gothique manuscrite. L’emploi de ce caractère qui imite l’écriture française des hommes de lettres du milieu du XVIe siècle a connu rupture et discontinuité au cours de trois siècles d’histoire de l’imprimerie. Les deux ouvrages présentés illustrent les deux moments clés de son utilisation.

Les origines

À Lyon, en 1557, Robert Granjon, un des plus grands graveurs et fondeurs de caractères français du XVIe siècle, fait paraître le premier livre imprimé avec les caractères de civilité qu’il a dessinés et gravés. Il s’agit de la traduction française Dialogue de la vie et de la mort d’Innocent Ringhieri dont est exposé l’exemplaire de l’Université Bordeaux Montaigne. De l’aveu même de son créateur, ce caractère est destiné à concurrencer le romain et l’italique par une lettre qui se veut française.

Cependant, malgré une diffusion d’environ 300 éditions sur cent ans et qui s’étend à toute l’Europe humaniste, le caractère n’a pas le succès national espéré. Cantonné à certains types d’ouvrages, il se fait de plus en plus rare, pour disparaitre complètement au cours du 17e siècle…

Le renouveau

Ces caractères spéciaux pourtant réapparaissent dans les presses françaises en 1703 grâce au succès de la publication par Saint Jean-Baptiste de la Salle des Règles de la bienséance et de la civilité chrétienne. Dès lors la plupart des manuels de savoir-vivre utilisés dans les écoles sont imprimés en caractères cursifs. C’est le cas du second livre exposé : La civilité puérile et honnête, pour l’instruction des enfans de Mathurin Cordier. Outre l’instruction des règles de savoir-vivre, ces manuels de pédagogie à destination des écoliers servaient à l’enseignement de la lecture ainsi qu’à l’apprentissage de l’écriture. Leur production augmente tout au long du XVIIIe et culmine au début du XIXe siècle où le caractère prend conformément à son usage le nom de civilité.

Aujourd’hui demeurent quelques polices numériques inspirées de cette typographie originale tombée en désuétude. Il n’en reste pas moins que, comme l’indique Rémi Mathis :

l’exemple d’une typographie venant tout droit d’une tradition gothique, traversant pourtant la Renaissance et revenant en grâce au beau milieu du XVIIIe siècle est sans équivalent.

Pour en savoir davantage sur les caractères de civilité

Entretien : Rémi Jimenes (Centre d’étude de la Renaissance, Tours), Catherine Volpilhac-Auger (ENS de Lyon et IUF) – durée 25:22

A bientôt pour un prochain #TrésorDeBU !

#TrésorDeBU n°1 – L’histoire d’une page manquante

Le fonds patrimonial de la bibliothèque Lettres et Sciences humaines

Parmi les centaines de milliers de documents que conservent sur ses rayonnages la bibliothèque de Lettres et Sciences humaines, plus de 80 000 d’entre eux constituent par leur ancienneté même le fonds patrimonial. Tous ne sont pas rares ni même précieux mais ils nécessitent des conditions de conservation ainsi qu’une expertise particulière.

Constitués aux fils des décennies, ces fonds ont des origines diverses. D’une part, ils sont issus d’anciennes bibliothèques bordelaises : de la Faculté de Théologie de Bordeaux, supprimée en 1885 ; des bibliothèques de l’Archevêché des Grand et Petit séminaires, des couvents confisqués après 1905 ; du legs de l’Académie nationale des sciences, belles lettres et arts de Bordeaux en 1924, dans lequel on remarque la bibliothèque du Président Jean Bardot (1695-1771) bibliophile et ami de Montesquieu. D’autre part, ils sont également le fruit de donations et d’achats de bibliothèques de bibliophiles, d’érudits et de spécialistes comme Charles Roullet (1769-1847), Gaston Lespiault (1823-1904), Arsène Darmesteter (1846-1888), Édouard Bourciez (1854-1946), Jean-Auguste Brutails (1859-1926), Georges Radet (1859-1941), Antoines Meillet (1866-1936), Georges Cirot (1870-1946), Charles Beaulieux (1872-1954). Les centres d’intérêt et les goûts de ces éminentes figures ont façonné le profil et la qualité de ce fonds.

Prenez de l’altitude avec un #TrésordeBU

Afin de lever le voile sur ces collections et d’attiser votre curiosité, nous vous présenterons régulièrement quelques pépites qui en sont issues. Ces trésors des BU de l’Université Bordeaux Montaigne seront visibles au 2ème étage de la bibliothèque, dans le couloir menant à la salle audiovisuelle.

Actuellement, vous pouvez découvrir l’ouvrage majeur d’un père jésuite italien du XVIIe siècle, Francesco Lana Terzi, scientifique, enseignant et doté d’un indéniable talent d’inventeur. Ce livre, le « Podromo », publié en 1670, est célèbre pour son chapitre « Construire un navire qui se soutienne dans l’air […] », plus connu sous le titre de « barque volante ». Il attirera l’attention de ses contemporains, sera réédité en brochure et se trouvera au centre de nombreuses discussions scientifiques. Lana y formule, en effet pour la première fois l’idée théorique du ballon plus léger que l’air. À ce titre, il est considéré comme un des pionniers de l’aérostation.

A bientôt pour un prochain #TrésorDeBU !