Le Livre de la Quinzaine – Joan Cornellà, Mox nox

Le Livre de la Quinzaine – Joan Cornellà, Mox nox

Tous les 15 jours, découvrez « Le Livre de la Quinzaine » sélectionné et présenté pour vous par un·e bibliothécaire des BU de Bordeaux Montaigne.

Joan Cornellà, Mox nox

Humour absurde, critique de la folie de notre société, humour noir, geste esthétique, démarche surréaliste… On peut voir dans les 48 planches muettes que Cornellà réunit dans Mox nox ce que l’on veut y voir, en fonction du point de vue que l’on adopte.

Artiste espagnol, collaborateur de la revue satirique El Jueves, Joan Cornellà propose dans ses divers dessins et bandes dessinées un regard décalé et empreint d’ironie sur notre quotidien et notre existence.

A bientôt pour un nouveau Livre de la quinzaine !

Le Livre de la Quinzaine – Emil Ferris, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres

Le Livre de la Quinzaine – Emil Ferris, My Favorite Thing Is Monsters

Tous les 15 jours, découvrez « Le Livre de la Quinzaine » sélectionné et présenté pour vous par un·e bibliothécaire des BU de Bordeaux Montaigne.

Emil Ferris, Moi, ce que j’aime, c’est les monstres

L’illustratrice Emil Ferris contracte en 2002 la maladie de Lyme qui l’a, un temps, paralysée. Pendant sa rééducation elle réapprend à dessiner en scotchant d’abord un stylo à sa main droite jusqu’à que son trait s’améliore.

Elle s’inscrit ensuite au Art Institute of Chicago d’où elle sort diplômée et pendant 6 ans avec l’écriture de son roman graphique My Favorite Thing Is Monsters (en français : Moi, ce que j’aime, c’est les monstres) présenté comme le journal de Karen, 10 ans qui vit à Chicago et adore les fantômes et autres monstres au point de vouloir elle-même être loup-garou. Sa voisine âgée meurt soudainement d’une balle dans le cœur, que l’on qualifie de suicide. Mais Karen n’y croit pas et décide de mener l’enquête en se plongeant dans son passé. Le récit nous entraine alors dans la République de Weimar puis dans les camps de la mort.

Le tracé au stylo bille propose des dessins naïfs mais aussi incroyablement inventifs d’une beauté époustouflante. Ce livre est une ode à l’épouvante qui secoue les codes du genre. Pour Art Spiegelman, elle est l’une des plus grandes artistes de bande dessinée de notre époque.

Emil Ferris a reçu en janvier dernier le Fauve d’Or 2019 du meilleur album BD pour My Favorite Thing is Monsters.

Déjà emprunté ? Réservez-le en ligne : on vous montre comment faire en seulement 10 secondes !

Bonne lecture et bonne fin de semestre/année pour certain·e·s !

Le Livre de la Quinzaine – Gō Tanabe, Les montagnes hallucinées

Le Livre de la Quinzaine – Gō Tanabe, Les Montagnes hallucinées, tome 1

Tous les 15 jours, découvrez le « Livre de la Quinzaine » sélectionné et présenté pour vous par un·e bibliothécaire des BU de Bordeaux Montaigne.


Pour ce quatrième #LeLivreDeLaQuizaine, la bibliothèque Henri Guillemin vous invite à découvrir l’adaptation par Gō Tanabe d’un chef-d’œuvre de Lovecraft, Les montagnes hallucinées !

Gō Tanabe, Les montagnes hallucinées

Les Montagnes Hallucinées est un texte éponyme d’Howard Philip Lovecraft rédigé en 1931. Pierre angulaire de ce qu’on appelle le Mythe de Cthulhu, cette histoire qui relate une expédition inhospitalière et bien mystérieuse en Antarctique est aujourd’hui adaptée en manga par un artisan de la BD horrifique japonaise Gō Tanabe. Ce premier tome est une très belle façon de redécouvrir Lovecraft.

Gō Tanabe, propose une œuvre fidèle dans le récit. Le lecteur se retrouve dans l’histoire du maître du fantastique grâce à un dessin dont l’approche et le trait se veulent le plus réaliste et où la montée en tension se fait progressive au fil des chapitres : l’attrait pour l’Antarctique et ses mystères, l’euphorie des découvertes scientifiques, la peur de l’inconnu, la folie qui s’immisce chez les personnages. Le mangaka réussit à en tirer tout ce qui fait de ce récit un incontournable du fantastique.

Retrouver cette adaptation en 2 exemplaires, à la bibliothèque Henri Guillemin ainsi qu’à la bibliothèque Lettres et Sciences humaines

Emil Ferris, Fauve d’Or 2019

Emil Ferris vient d’obtenir le Fauve d’Or du meilleur album BD lors de la 46e édition du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême pour Moi, ce que j’aime, c’est les monstres, son premier ouvrage publié (VO : My Favorite Thing Is Monsters).

Moi, ce que j'aime, c'est les monstres - Emil Ferris

Elle est ainsi la sixième femme (seulement) à obtenir cette récompense depuis sa création. Son roman graphique, qui se lit comme le journal intime d’une jeune fille fascinée par les créatures monstrueuses, a été encensé par les critiques.

Disponible en 3 langues dans les BU de Bordeaux Montaigne, vous pouvez l’emprunter à la Bibliothèque de Lettres et Sciences Humaines (en français), à la bibliothèque Henri Guillemin (en version originale) ou bien encore à la bibliothèque des études ibériques et ibéro-américaines.

Bonus : Emil Ferris sera à la librairie Mollat ce lundi 28 janvier pour une séance de dédicaces de sa bande dessinée (Station Ausone, 17h30-19h30) !

[chronique BD] America / Nine Antico (2017)

Couverture de la BD

Après Girls Don’t Cry en 2010 et Tonight en 2012, la fille la plus drôle de la BD française renouait l’an passé avec les aventures métaphysiques, sexuelles et amoureuses de Pauline et ses copines. Meilleur tome de la « série » – le plus drôle mais aussi le plus mélancolique -, ce nouvel opus dénommé America voit Pauline larguée à nouveau, attendre nonchalamment la traditionnelle dépression post-rupture. Celle-ci tardant à venir, Pauline s’impatiente et s’ennuie mollement. Afin de rompre cette monotonie affligeante de victime contrariée (elle ne peut se plaindre qu’auprès d’amies de seconde zone dans ce Paris déserté du mois d’aout), Pauline décide de prendre son destin en main, ses lunettes de Lolita en forme de cœur et de partir vivre son rêve américain à New-York, en pensant très fort à la Nouvelle Vague, à la dolce vita et, parfois aussi, à son ex, avant que ses copines ne la rejoignent à Los Angeles pour un roadtrip jusqu’à Vegas.

Quelques photos du voyage agrémentent les différentes têtes de chapitre et les références littéraires, musicales et cinématographiques sont, comme toujours chez Nine Antico, très présentes, jusqu’à cette fin où Pauline cite Musset avant d’aller vomir.

Narcissiques mais touchantes, romantiques mais « cash » et crues, superficielles mais cultivées, agaçantes mais attachantes, les personnages incarnées par ces trois filles sont de parfaites petites parisiennes post-modernes, tellement réelles et si drôles dans leurs contradictions, leurs obsessions névrotiques et leur mauvaise foi de compétition, comme dans leur soif d’aventures et leur quête du grand Amour.

Auteur de la chronique : Thierry Spaite

Hommage à Stan Lee

Stanley Lieber, dit Stan Lee, né le 28 décembre 1922 à New York, est mort le 12 novembre 2018 à Los Angeles.

Scénariste et éditeur américain de comics, son nom est associé à Marvel Comics, pour lequel il a imaginé les super-héros Spider-Man, Hulk, Iron Man, les Avengers, les X-Men…

Il crée en novembre 2001 un nouveau studio nommé POW! Entertainment. Dans les dernières années de sa vie, il fait des apparitions dans chacun des films de l’univers cinématographique Marvel, avec des caméos devenus cultes.

En hommage à Stan Lee, la bibliothèque Henri Guillemin expose quelques- uns de ses nombreux ouvrages (au 1er étage).

Une bande dessinée documentaire à Bordeaux Montaigne : L’Histoire de Bordeaux par Charles Higounet (1983)

La bande dessinée La Balade nationale de la collection « Une histoire dessinée de la France » dessinée par Etienne Davodeau, sur un texte de l’historien Sylvain Venayre, réinvente la vulgarisation historique en bande dessinée.

Mais savez-vous que l’Université Bordeaux Montaigne était en la matière en avance sur son temps ? Nous avons déniché pour vous dans les magasins de la bibliothèque l’illustre et local ancêtre de cet album : la bande dessinée L’Histoire de Bordeaux, éditée par Dargaud en 1983, coordonné par Charles Higounet et avec un dessin de Lionel Labeyrie.

De quoi s’agit-il ? En une quarantaine de pages nous est racontée en images l’histoire de la ville de Bordeaux depuis l’arrivée des Bituriges Vivisques en 200 av. JC jusqu’à l’arrivée du TGV dans le port de la Lune au début des années 1980 (après JC). La formule employée est un peu archaïque : du texte sous l’image, parfois un peu bavard mais finalement synthétique ; et si le dessin fleure bon un réalisme caractéristique de la bande dessinée pédagogique de cette époque, il dénote aussi un vrai souci de documentation. On y retrouvera les figures marquantes de l’histoire de la ville, Aliénor d’Aquitaine, Michel de Montaigne, Montesquieu, Adrien Marquet, Jacques Chaban-Delmas…

Cette version dessinée de l’histoire de Bordeaux est-il autant qu’on pourrait le croire un objet improbable ? Pas forcément. Il vient après la fin de la parution de la célèbre Histoire de France en bandes dessinées par les éditions Larousse (1976-1978) : une vaste fresque en 23 volumes. Et durant toutes les années 1970, des enseignants et universitaires comme Antoine Roux ou Serge Tisseron ont réussi à démontrer à leurs pairs que la bande dessinée pouvait être un allié pour le professeur.

Alors il n’est pas si surprenant qu’en ce début des années 1980, alors qu’il vient juste de publier aux éditions Privat une Histoire de Bordeaux en un volume, à destination d’un large public, Charles Higounet se lance dans l’aventure d’une bande dessinée pédagogique avec l’aide des éditions Dargaud et de la mairie de Bordeaux.

Ce qui frappe le plus dans cet album, et ce qui fait qu’il est, aussi un album pionnier, c’est l’enthousiasme manifeste des universitaires à réaliser ce travail. Dans sa préface Charles Higounet s’enorgueillit que Bordeaux soit la première agglomération française à proposer une histoire en bande dessinée (ce qui n’est pas tout à fait vrai car on compte une Histoire de Lyon par trois professeurs de la faculté de Lyon 2 en 1979, mais chez un petit éditeur généraliste, Horvath) ; il disserte sur la conception du scénario, l’attention portée à l’image via le « pittoresque », les choix graphiques et l’enrichissement de l’expérience pour l’historien… Il a réussi à emmener dans l’aventure la crème des historiens bordelais de l’époque : Robert Étienne, Jean-Pierre Poussou… La mode des « histoires en bande dessinée » de ces années 1970-1980 n’est d’ordinaire pas le fait d’universitaires (avec l’exception lyonnaise déjà citée). L’Université Michel de Montaigne est ici en avance sur son temps, avec cette alliance précoce entre des historiens et un éditeur de bande dessinée.

Si la lecture de l’album, par ses choix graphiques et son histoire simplifiée sur le mode du « roman national » peut nous paraître un peu désuète en 2018, il y a là un trésor qui méritait bien d’être exhumé…

Retrouvez les ouvrages cités dans cet article en consultation au 1er étage de la BU Lettres et Sciences humaines !

« La Terre des Fils » de Gipi, la post-apocalypse en bandes dessinées

Sur les causes et les motifs qui menèrent à la fin, on aurait pu écrire des chapitres entiers dans les livres d’histoire. Mais après la fin, aucun livre ne fut plus écrit.

On trouve ces quelques mots en introduction et en quatrième de couverture de La Terre des Fils, ce nouvel album de Gipi, iconoclaste auteur italien, également réalisateur et illustrateur pour le quotidien national La Reppublica. Un livre est pourtant au cœur de cette histoire post-apocalyptique plus proche de La Route de Cormac McCarthy que de The Walking Dead : le journal rédigé par le père des deux fils. Pour qui ? Pour quoi ? Sachant qu’il ne leur a jamais appris ni à lire ni à écrire, leur parlant le moins possible du monde d’avant qui ne ferait que les affaiblir et les rendre encore plus fragiles dans ce nouveau monde rude et rustre, où chaque rencontre est un danger mortel potentiel.

Les garçons. Ils ont tué un chien. C’est normal pour nous. Maintenant. Les chats, les chiens, on les tue. On les mange. C’est très bien. Mais moi, là, avec eux… Je devrais faire quoi ? Leur dire qu’avant, les chiens restaient sur les tapis. A côté des divans. Dans des maisons bien chaudes. Sèches. Et qu’au lieu de les manger, on les caressait ? Mais si je le faisais… Je devrais leur dire ce qu’était un tapis, un divan, une maison sèche. Et les caresses…

Que transmettre à ses fils de la douceur et de la beauté d’un monde à jamais disparu quand leur quotidien n’est plus que survie, peur et violence, isolés dans leur maison flottante sur un lac entouré par la mort, redevenue aussi banale qu’au Moyen Age ? C’est tout le dilemme qui ronge ce père, préférant alors stricte discipline et coups de bâton aux souvenirs et caresses pour toute éducation. Jusqu’au jour où lui aussi succombera, plus vite qu’il ne le croit, laissant ses deux adolescents seuls et livrés à eux-mêmes.

Ne pas se fier à cette couverture pas très engageante et à un dessin broussailleux qui tiendrait plus du crayonné que de Photoshop, rarement deux point noirs auront été si expressifs dans les regards.

[chronique BD] GUS tome 4: Happy Clem

9782205067767-couvC’est avec surprise et grand plaisir que l’on retrouve Christophe Blain, soit l’une des plus fine fleure issue de la « Nouvelle Vague » française des années 90, remettre la main à la plume et aux crayons pour donner suite à l’une de ses séries emblématiques, Gus, près de dix après une première trilogie « western romantique » de haute volée. Dans Happy Clem, de son trait vif et fuligineux, quelque part entre Blutch et Sfar, il nous brosse la suite des aventures de trois desperados, Gus, Clem et Gratt, qui croiseront toute une galerie de personnages savoureux, certains sous les traits de références chères à l’auteur, comme le génial chanteur et peintre Captain Beefheart (à peine déguisé puisqu’il apparaît sous son vrai nom de Van Vliet), Sterling Hayden (également sous son vrai nom), Robert Duvall, Gene Wilder et plusieurs trognes de western US old school. Si ce quatrième tome débute sur le retour de Gus sur le devant de la scène criminelle, Blain se penche ici d’avantage sur la personne de Clem aka Beau Bandit, grand rouquin embourgeoisé à San Francisco avec femme et enfant, ayant tout pour être heureux, sans cette piqûre de rappel infernale de l’adrénaline, de l’aventure et de la mortelle renommée; une frustration qui le fera succomber à sa destinée dans une série de braquages de banques perpétrée avec le concours du fidèle Gratt. Pas besoin d’en dire plus. Le plaisir est intact et si l’on s’amuse à comparer le dessin de Blain entre les premiers albums et celui-ci, on mesure le chemin admirable accompli par cet auteur aussi attachant que passionnant.

Le cinquième tome est en préparation. Vivement.

« Variations » : une exposition à découvrir à la BU LSH

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Dans sa première interview aux Cahiers du cinéma, Stanley Kubrick revendiquait être « résolument adversaire de l’adaptation au cinéma de bons romans, surtout de ceux qu'[il a] particulièrement aimés » (« Bonjour Monsieur Kubrick », par Raymond Haine, in Cahiers du cinéma, 1957, n°73, p. 13) : pour autant, lui comme d’autres n’ont eu de cesse, durant leurs carrières, d’adapter mais aussi de transposer, allant jusqu’à se risquer à l’interprétation de romans, nouvelles et autres textes littéraires.

Nombreuses sont ainsi les œuvres, classiques, passées, contemporaines qui connaissent aujourd’hui une voire plusieurs adaptations en film ou en bande dessinée. Leur réception en est alors transformée, élargie à un public plus vaste tout en enrichissant, parfois, celui de la pratique artistique servant à l’adaptation. Ainsi que l’énonce Benoît Berthou, « penser l’adaptation signifierait dès lors mettre en perspective les notions et pratiques de la traduction vis-à-vis d’une communication » (B. Berthou, « Médiation, figuration, traduction : trois conceptions de l’adaptation d’œuvres littéraires en bande dessinée », in Bande dessinée et adaptation : littérature, cinéma, TV, p. 72), proposant alors le terme de « transadaptation » pour rendre compte de cette « traduction d’une langue dans une autre » (Rodolphe Töpffer, cité dans J. Dürrenmatt, Bande dessinée et littérature, p. 71) et répondre aux enjeux qu’elle implique.

variations

L’exposition proposée au 2e étage de la BU Lettres et Sciences Humaines revient sur ce geste artistique ordinaire mais néanmoins significatif en proposant la confrontation entre les adaptations graphiques et  cinématographiques et les romans dont elles sont tirées (bibliographie en ligne). Cette exposition est accompagnée d’un petit jeu testant vos connaissances et vous invitant à mieux connaître les différentes variations autour d’une même œuvre originale.