Géographes en action : retour sur le traitement documentaire d’un fonds photographique de l’université

Votre mission, si vous l’acceptez, est d’assurer le traitement documentaire du fonds de photographies de terrain des géographes de l’Université Bordeaux Montaigne, un fonds remontant aux années 1950.

Recrutée pour quelques mois, Delphine Bramaz a été chargée d’assurer cette mission consistant à :

  • réaliser un tri des différentes photos pour identifier celles pouvant être facilement diffusables tout en normalisant le stockage des photos (renommage, organisation des dossiers…) ;
  • numériser la partie du fonds encore non numérisée ;
  • signaler et indexer dans MédiHAL les photographies sélectionnées en vue de leur diffusion : préparation des métadonnées, choix des mots-clés, géolocalisation lorsque cela est possible…

Cette mission est financée par le CNRS dans le cadre du Consortium HumaNum ImaGEO, piloté par le laboratoire PASSAGES et dont le Service Commun de la Documentation de l’Université Bordeaux Montaigne est membre. Elle s’inscrit dans un cadre national plus large de numérisation et de valorisation de fonds iconographiques pour les géographes : cartes, plans, photographies de terrain…

Les photos de sorties-terrains des années 1950-1960

Présentation par Philippe Laymond, en charge de la Cartothèque

La cartothèque du SCD de l’université a numérisé les négatifs de milliers de photographies prises dans les années 1950 et 1960 par Aurélien Faure, le photographe de la Faculté de Lettres de l’époque. Ces photos en noir et blanc ont été prises à l’occasion d’évènements marquant la vie universitaire.

Dans ce fonds, près de 3000 photos ont été prises à l’occasion des sorties-terrains des géographes. Ces vues nous montrent les paysages traversés par les enseignants et étudiant·e·s de cette époque. Elles permettent aussi de ressentir l’ambiance à la fois studieuse et joyeuse de ces groupes d’universitaires sur le terrain.

Ces excursions étaient organisées en France, surtout dans le sud-ouest, mais aussi dans les pays limitrophes, particulièrement dans la péninsule ibérique, largement sillonnée par le bus des géographes bordelais.

Quelques questions à Delphine Bramaz

Avec les précisions des co-encadrants de cette mission, Philippe Laymond et Julien Baudry

Avant de débuter cette mission, quel était ton parcours ?

J’ai un parcours universitaire assez classique, dans le sens où j’ai enchaîné bac, licence, master. Après mon bac L, je suis entrée en licence de Lettres Modernes à Bordeaux, puis après trois ans et une licence validée je suis partie en Master Métiers de la science des patrimoines, option Patrimoine écrit et édition numérique, au Centre d’Études Supérieures de la Renaissance de Tours. Pendant ces deux années je me suis entre autres spécialisée dans l’étude et la conservation du patrimoine écrit ancien.

Ce Master a été l’occasion pour moi de faire un stage de quatre mois au sein de la bibliothèque Lettres et Sciences humaines, pendant lequel je me suis occupée de la réserve des livres patrimoniaux. Ce stage m’a convaincue de m’orienter vers les métiers des bibliothèques, particulièrement universitaires, et j’ai intégré l’année spéciale de DUT bibliothèques-médiathèques-patrimoine pour me spécialiser, année que j’ai terminée en juin 2020. Je suis arrivée au SCD mi-septembre.

Comment se déroule la numérisation de ces photographies ?

Pour numériser, il faut commencer par positionner les négatifs sur le support spécifique, en veillant à ce qu’ils soient dans le bon sens, pas de travers et bien bloqués ensuite. Un aperçu est d’abord généré par le scanner, visible sur le logiciel du scanner. On découpe sur l’aperçu la partie à numériser. La numérisation prend environ trois minutes en général, et il faut faire cela pour chaque négatif, un par un. Ça peut paraître long mais le rendu est génial !

MédiHAL, c’est quoi au fait ?

MédiHAL est une plateforme d’archive ouverte, au même titre que HAL, consacrée aux photographies et images scientifiques. Elle permet le dépôt, la conservation et la diffusion d’images, mais aussi de vidéos et de documents sonores. MédiHAL s’appuie sur le libre accès, les données mises en ligne sont donc accessibles au plus grand nombre.

Des fonds photographiques similaires existent-ils ?

Je ne sais pas si des fonds similaires existent, si on parle du type de fonds (photographie de sorties de terrain de géographie), mais j’ai pu observer ce qui était déjà présent sur MédiHAL et il y a déjà des fonds importants !

Philippe Laymond : Il y a effectivement de nombreuses photos de terrain de géographes sur MédiHAL. Environ 26 000 photos issues des fonds numérisés de plusieurs laboratoires de géographie français sont également visibles sur Navigae. On y trouve notamment une reconstitution dynamique de l’itinéraire d’Emmanuel de Martonne en Roumanie en 1921, avec ses photographies prises dans la région et la transcription au fil des pages de son carnet de terrain.

Quand pourra-t-on découvrir en ligne l’intégralité de ce fond ?

Je ne suis pas en mesure de le dire… il reste encore des photographies à mettre en ligne, et je ne pense pas avoir terminé avant la fin de mon contrat. En tout cas, aujourd’hui, près de 150 photographies sont déjà visibles !

Julien Baudry : Les premières photographies sont déjà en ligne à ce jour, consultables sur MediHAL. Le fonds est assez volumineux et, pour des raisons d’identification des lieux mais aussi de droit à l’image, il n’est pas certain que la totalité du fonds soit diffusé à terme. Le travail de Delphine nous a permis d’identifier les photos les plus pertinentes à mettre en ligne, et nous espérons que ce travail de sélection soit complété par le regard scientifique des géographes de l’université.

Des actions de médiation sont-elles déjà prévues pour le valoriser ?

Je ne sais pas encore.

Julien Baudry : Une collection dédiée va être créée courant janvier sur MédiHAL pour mieux les mettre en valeur, et présenter le fonds en vue d’utilisations, notamment scientifiques. Elles seront aussi interrogeables sur Navigae, comme l’essentiel des fonds numérisés dans le cadre d’ImaGEO. Ce type de photographies est très précieux pour les études diachroniques, où l’on cherche à comparer l’évolution dans le temps d’un paysage ou d’une ville. C’est ce type d’usages que nous allons essayer de promouvoir, en plus de l’intérêt historique pour l’université elle-même.

Avez-vous contacté ces géographes pour avoir plus de précisions sur ces photographies ?

Certains professeurs qui exerçaient à cette époque (dans les années 1960) ont été contactés, il me semble, dans le but de les faire venir, afin que peut-être ils identifient des lieux ou des personnes. Mais vu le contexte actuel, cette étape attendra un peu.

Philippe Laymond : Nous avons commencé à contacter des étudiants présents à cette époque, qui sont par la suite devenus enseignants à l’université, et aujourd’hui à la retraite. Ces personnes nous indiquent d’autres contacts et ainsi une liste se met en place. Il est évident que les témoins des sorties les plus anciennes se font rares. Il est prévu d’organiser des rencontres lorsque la situation sanitaire le permettra, afin d’avoir des précisions sur ces photos, notamment à propos de l’identité des enseignants organisateurs de ces sorties de terrain.

Quels sont les outils que tu as employés pour référencer ou indexer toutes ces photos ?

J’ai réuni toutes les photos du fonds sur un tableur Excel, qui m’a permis de décrire chacune des photos selon certains critères. C’était très pratique pour avoir tout au même endroit et effectuer des tris dans le fonds, pour connaître le nombre de photos qu’on pourrait mettre en ligne par exemple, voire le nombre de photos tout court, sans avoir à tout compter manuellement.

Comment as-tu travaillé pour géolocaliser les photos ?

Toutes les photographies étaient nommées en fonction de la date et du lieu de prise de vue (pays, région ou ville). Lorsque les photographies présentaient des signes particuliers, comme un monument reconnaissable, ou encore des panneaux, je tentais de rechercher le lieu sur internet (sur Google Images), en tapant de façon large « église Espagne » par exemple. Parfois je tombais par hasard sur ce que je cherchais, parfois je devais chercher plus en profondeur. Il m’est aussi arrivé d’avoir des informations par des collègues qui connaissaient le lieu !

Une fois le monument et donc le lieu identifiés, je les confirmais en utilisant l’application Street View de Google Maps, voire parfois Google Earth. Cela m’a également permis quelques fois de retrouver l’endroit exact de la prise de vue, un monument pris depuis telle rue ou telle place, et de déterminer si le lieu avait changé depuis.

C’était un travail assez long par moment, il m’est arrivé de passer entre une heure et une heure et demi sur une photographie, mais c’était passionnant dans le sens où j’ai pu voir et découvrir des endroits, qui peuvent ne plus exister aujourd’hui ou avoir été modifiés. J’ai même ajouté certains lieux à ma liste des endroits où j’aimerais voyager !

Quelques photos extraites de ce fond

Une histoire de cartes

A travers ces histoires de cartes, la bibliothèque de géographie-cartothèque présente un certain nombre de nouveautés et de raretés de son fonds cartographique. Cette exposition de cartes rentre dans le cadre des expositions d’EXARMAS (dispositif art & sciences à la Maison des Suds) de l’UMR Passages.

L’exposition est articulée autour de 5 thèmes :

  • une histoire de relief ;
  • une histoire au 1:50 000 ;
  • une histoire de couleurs ;
  • une histoire de dalles ;
  • une histoire ancienne, mais aussi nouvelle.

Cet ensemble de cartes variées permet de s’interroger sur les représentations spatiales, tout en explorant d’un nouveau regard la mise en art des cartes.

Le vernissage a eu lieu le 5 février à l’occasion de la journée d’études de l’APHG Aquitaine « Quoi de neuf en géographie ? », mais l’exposition reste visible jusqu’au 13 mars 2020 à la Maison des Suds !

Jean Delumeau (1923-2020) : hommage

Jean Delumeau, éminent historien des religions, spécialiste du christianisme, ancien professeur au Collège de France et membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, est décédé lundi 13 janvier, à l’âge de 96 ans.

Ancien élève de l’École normale supérieure et agrégé d’histoire, il avait consacré ses recherches de doctorat à l’histoire économique et sociale (Vie économique et sociale de Rome dans la seconde moitié du XVe siècle (1957-1959), puis L’Alun de Rome XVe-XIXe siècle (1962)), avant d’orienter son travail vers le champ religieux, dès les années 1960. Son œuvre fut dès lors dominée par deux sujets : le sentiment de peur et la quête d’espérance en Occident.

Ainsi, à partir de 1975 et pendant près de vingt ans passés à la chaire d’Histoire des mentalités religieuses dans l’Occident moderne du Collège de France, il consacra ses recherches à l’analyse de la « pastorale de la peur », mécanismes qui ont dominé dans l’Église catholique du Moyen Âge jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, pour diriger les âmes en insistant sur les aspects inquiétants du christianisme (enfer, jugement, sacrilèges) à des fins de conversion.

Parmi ses travaux majeurs, on compte notamment Naissance et affirmation de la Réforme (1965), Le Catholicisme entre Luther et Voltaire (1971), La Peur en Occident XIVe-XVIIIe siècle (1978), Une histoire du paradis (1992-2000).

Les entretiens « A voix nue » que Jean Delumeau avait donnés en 2008 sont disponibles à la réécoute sur le site de France Culture.

Jean Delumeau
Photographie issue de l’article de La Croix du 6 septembre 2011 consacré à Jean Delumeau

L’Asie du sud-est continentale

Au siècle dernier, Élisée Reclus parlait, en termes géographiques, de l’« angle de l’Asie ». L’Asie du sud-est continentale est le sujet de la nouvelle exposition de cartes. Vous pourrez y voir des cartes récentes et anciennes des 5 États (Cambodge, Laos, Myanmar, Thaïlande, Vietnam) qui composent cette région de contraste et en cours d’émergence, ceci notamment à travers ses villes, comme par exemple Phnom Penh autrefois et aujourd’hui.

Cette exposition est accompagnée d’une sélection d’ouvrages récents liés à la nouvelle question de géographie aux concours du Capes et de l’agrégation. Rendez-vous du 6 janvier au 15 février, à la Bibliothèque de géographie-Cartothèque.

La découverte de l’Asie du sud-est se poursuivra mi-février avec une exposition sur l’Asie du sud-est insulaire.

Source : Indochine française. Par Pierre Deffontaines. Carte n°29, Hatier

Le Danube au fil de l’eau

« Les rives du fleuve sont à l’image de l’histoire tourmentée d’une Europe qu’on appelle centrale. Hongrie des deux côtés, puis une rive hongroise une rive slovaque, Slovaquie des deux côtés, puis une rive slovaque et, en face, autrichienne, puis Autriche des deux côtés. »

Cécile Wajsbrot et Sébastien Reichmann. Europe centrale, un continent imaginaire. 1991. Autrement.

Du 2 novembre au 20 décembre, la Bibliothèque de géographie-Cartothèque vous propose de suivre le cours du Danube à travers une exposition de cartes, dont certaines cartes patrimoniales comme cette carte des environs de Belgrade.

De la Forêt-Noire à la mer Noire, 10 pays et 4 capitales vous attendent !

Etats danubiens. Carte physique et agricole. Par P. Vidal-Lablache. Carte 32. A. Colin

Rencontre avec le patrimoine documentaire à la bibliothèque Lettres et Sciences humaines (Journées européennes du patrimoine)

À l’occasion des Journées européennes du patrimoine 2019 (21 et 22 septembre), la bibliothèque Lettres et Sciences humaines de l’Université Bordeaux Montaigne a tenu à vous faire découvrir quelques uns de ses trésors documentaires !

Ce sont ainsi 4 documents qui ont été exposés et présentés par Alice Mauvillain, notre collègue en charge des fonds patrimoniaux de la bibliothèque. Retour sur l’histoire de ces documents qui n’en manque pas.

Une des premières cartes sur laquelle figure le nom « Amérique »

Cette édition d’un commentaire de Solin par Camers est un prétexte pour parler du « gymnase vosgien », collectif d’érudits humanistes établit à Saint-Dié dans les Vosges à qui l’on doit le baptême de l’Amérique.

En possession, grâce à leur protecteur René II duc de Lorraine, d’une copie du texte d’Amerigo Vespucci, Mondus Novus, et de cartes marines manuscrites, leur ambition est de donner une nouvelle édition de la Géographie de Ptolémée en l’actualisant de ces récentes découvertes.

Ils vont à cette occasion produire dans leur atelier d’imprimerie en 1507, un document cartographique majeur : le planisphère de Martin Waldseemüller. Première carte murale du monde xylographiée, première à calligraphier le mot Amérique et à entourer le nouveau monde d’eau en faisant ainsi un véritable continent. Elle va connaitre un destin hors du commun, relaté en détail dans un livre de Toby Lester.

En effet, de grand format (1 290 x 2 320 mm) imprimée sur douze planches distinctes, publiée séparément du traité de géographie qui l’accompagne, elle devait être assemblée et encollée sur de la toile, elle était donc fragile…

Oubliée, dépassée et remplacée, elle disparut totalement alors que le nom d’Amérique s’est rapidement imposé en Europe. Elle est considérée comme perdue jusqu’à sa redécouverte en Allemagne en 1901. A ce jour, seuls 3 exemplaires supplémentaires sont recensés, tous retrouvés au cours de ces huit dernières années !

Jusqu’alors, l’existence du planisphère de Waldseemüller n’était connue qu’à travers les dédicaces de l’Introduction à la cosmographie et sa représentation que par l’intermédiaire des copies de cartographes qui devinrent célèbres comme Sebastian Münster, Heinrich Glaréan, Petrus Apianus puis Mercator.

C’est ainsi que la carte d’Apian, seule illustration de notre ouvrage, fut considérée pendant environ 400 ans comme la plus ancienne version imprimée qui contribua à faire accepter le toponyme : America.

Document exposé

Solin (02..-02..) ; Johannes Camers (1447-1546)

Joannis Camertis minoritani arteum et sacrae theologiae doctoris in C. Julii Solini πολυίστωρa Enarrationes. Additus eiusdem Camertis index, tum literarum ordine, tum rerum notabilium copia / per commodus studiosis. Cum gratia & privilegio imperiali. Ou Polyhistor

Édition : Vienne (Autriche) : Lukas Alantsee et Johann Singriener, 1520

Note générale : La carte géographique gravée sur bois d’Apian porte le titre : « Tipus orbis universalis iuxta Ptolomei cosmographi traditionem et Americi Vespucii aliorumque lustrationes a Petro Apiano Leysnico elucubrata An. Do. M.DXX« . Elle fut considérée pendant environ 400 ans comme la première carte sur laquelle le nom « Amérique » était mentionné.
Note sur l’exemplaire : Reliure basane, tranches rouges, 16e siècle, restaurations anciennes.
Note sur la provenance : Ex-libris manuscrit d’un couvent bordelais cancellé au titre

Cote : Res 5156

Pour aller plus loin

Un dictionnaire hors du commun

Robert Estienne fut un célèbre imprimeur parisien. Humaniste érudit comme en témoignent sa vie, son activité éditoriale et ses amitiés avec Guillaume Budé, Jean du Bellay et surtout Jacques Lefèvre d’Etaples. Il publiera belles lettres, auteurs classiques, antiques et textes sacrés, maîtrisant les langues grecque, latine et hébraïque. Imprimeur du roi François Ier, il s’illustra aussi sur un plan typographique en collaborant avec Joffroy Tory ou Claude Garamont.

Par ailleurs, véritable lexicographe, il montra un intérêt constant pour les ouvrages consacrés à la langue : alphabet, grammaire, rhétorique et dictionnaire… Celui exposé en fait partie.

Il s’agit du premier grand dictionnaire français dont la nomenclature part des mots français et non pas latins. Il parait sous les presses de son auteur en 1539, l’année de l’ordonnance de Villers-Cotterêts, acte fondateur de la primauté et de l’exclusivité du français dans les documents et actes relatifs à la vie publique du royaume de France. C’est aussi la première fois qu’un ouvrage porte le nom français de « dictionaire » (avec un seul « n ») du latin médiéval dictionarium, collection de mots (dictiones).

C’est la réversion de son Dictionarium latino-gallicum, paru un an plus tôt, destiné à l’usage des latinistes, et en quelque sorte l’ancêtre du Gaffiot. Cependant, concernant notre ouvrage, si la langue française est bien celle des entrées du dictionnaire, ce n’est pas elle qui est mise en valeur. Le français permet plutôt de découvrir les tournures latines. Les lettres fleuries de l’alphabet majuscule sont gravées par Joffroy Tory. Revues et augmentées, les éditions des dictionnaires d’Estienne seront encore nombreuses chez plusieurs imprimeurs au XVIIe siècle.

L’exemplaire dont dispose la bibliothèque est d’autant plus précieux qu’il a appartenu à Henri II Estienne son fils, lui aussi imprimeur.

Il a également appartenu à Charles Beaulieux, bibliothécaire qui dirigea la Sorbonne entre les deux guerres. Éminent spécialiste des livres du XVIe siècle, il est également lexicographe et auteur entre autres d’une réforme de l’orthographe du français. Il a réuni une remarquable collection de grammaires et de dictionnaires dont la bibliothèque universitaire fit l’acquisition en 1954. Ses ouvrages sont souvent annotés, toujours au crayon d’une écriture fine et bien serrée. On le constate particulièrement sur son exemplaire interfolié de sa Liste des dictionnaires lexiques et vocabulaires français antérieurs au « Thrésor » de Nicot entièrement retravaillé.

Document exposé

Robert Estienne (1503 ?-1559)

Dictionaire francoislatin, contenant les motz & manieres de parler francois, tournez en latin.

Édition : Paris : Robert Estienne, 1532

Illustration : Lettres ornées à fond criblé gravées sur bois par Geoffroy Tory
Note sur l’exemplaire : Reliure velin, décors à double encadrement de filets dorés avec fleurons, aux armes des Fugger, surmontées des initiales accolées HE d’Henri Estienne, tranches mouchetées, 16e siècle.
Note sur la provenance : Fonds Beaulieux 1954 (Inv. n° 593)

Cote : Res 593

Pour aller plus loin

Voir aussi

Entre photographie et architecture, le travail d’Alphonse Terpereau

Alphonse Terpereau est un photographe nantais né en 1839. Il s’installe à Arcachon où ses photos des villas de la ville d’hiver le font connaître. Après le transfert de son atelier à Bordeaux, il se spécialise dans des photographies d’architecture, lors de la construction d’ouvrages d’art dans le Midi de la France et des transformations urbaines de Bordeaux au XIXe siècle.

Ainsi missionné par les Service des travaux publics de la ville de Bordeaux, la Compagnie des chemins de fer du Midi ou le Ministère des Travaux public, Alphonse Terpereau devient alors le premier photographe professionnel établi à Bordeaux au service de l’aménagement du territoire girondin, et donc un témoin privilégié de l’activité des ingénieurs et des architectes entre 1860 et 1890.

La majorité des photographies de cet album provient d’une commande de l’architecte municipal bordelais Pierre-Charles Durand. Ce sont des vues de l’ancienne faculté des Lettres et des Sciences qu’il a construit entre 1880 et 1886 à l’emplacement du couvent des Feuillants où Michel de Montaigne fut enterré en 1592. Il s’agit de l’actuel musée d’Aquitaine. Six photographies cependant concernent la faculté de Droit. Font également partie de l’œuvre de Pierre-Charles Durand à Bordeaux : la synagogue, le marché des Douves, le portail du Parc Bordelais, l’hôtel du Paty et l’ancienne bibliothèque municipale.

Document exposé

Alphonse Terpereau (1839-1897)

Université de Bordeaux : [album de photographies]

Date : [vers 1886] | Lieu : [Bordeaux]

Description : 31 épreuves sur papier albuminé collées sur carton (environ 19×25 cm ou 31×44 cm) montées sur onglet, reliées dans un album au format oblong.

6 vues de la faculté de Droit de Bordeaux et 25 vues de la faculté des Sciences et des Lettres de Bordeaux

Pour aller plus loin

Alphonse-Terpereau
Alphonse Terpereau : Autoportrait, sans date.

L’ambitieuse enquête d’Édouard Bourciez

Édouard Bourciez, linguiste et romaniste, est un spécialiste de l’occitan et plus particulièrement de la langue gasconne. Il débute sa carrière universitaire à la Faculté des Lettres de Bordeaux en 1883. Il y occupe à partir de 1895 la première chaire de « Langues et littératures du Sud-Ouest de la France ». A la même période, il entreprend une vaste enquête sur les parlers gascons de la région dont il présentera les résultats au public lors de l’Exposition universelle de Bordeaux de mai 1895. Il va, avec le concours des inspecteurs d’académie et les services de l’éducation nationale, récolter la transcription en idiomes gascons d’une version française de la Parabole de l’enfant prodigue auprès de tous les instituteurs en poste dans les communes de la région.

Sa préface est on ne peut plus claire : « le titre de ce recueil indique le but que nous nous sommes proposé ».

Fait étonnant : toutes les communes sans exception ont retourné leurs copies !

Le résultat est compilé en 17 volumes de 4444 pièces manuscrites qui ont depuis été confiés à notre bibliothèque et dont voici quelques exemplaires.

Également exposés et disponibles à la bibliothèque :

Documents exposés

Édouard Bourciez (1854-1946)

Recueil des idiomes de la région gasconne. Premier volume : Gironde, 1 (Bordeaux, Lesparre, Blaye)

Date : 1895 | Lieu de production : Aquitaine, Gironde (Bordeaux, Lesparre, Blaye)

Description : Premier des 17 volumes du recueil des communes des dix départements de langue gasconne. 248 pièces Papier. 285 × 218 mm. Demi-reliure chagrin.

Cote : Ms 29

Le mot de la fin

À bientôt !

Les vignobles français

En cette période de vendanges, la bibliothèque de géographie-cartothèque / infothèque ISIC vous propose de réviser les cartes des vignobles de France. Parmi ces régions agricoles spécialisées, le bordelais est mis à l’honneur, avec notamment quelques cartes anciennes et des panneaux expliquant l’historique de ce vignoble (travaux du CERVIN). Une sélection d’ouvrage complète cette présentation.

Quels cépages sont utilisés en Touraine ? Quelles sont les appellations en Languedoc ? Quels sont les meilleurs millésimes des vins de Bourgogne ? Par où passe la route des vins en Alsace ? Venez trouver les réponses à ces questions au 2ème étage du bâtiment G, jusqu’au 31 octobre, sans modération !

Extrait de : Vignobles de Bourgogne. Comité national des vins de France

#TrésorDeBU n°4 – Relation d’un voyage en Sibérie en 1760

Pour ce 4e #TrésorDeBU et alors que l’été pointe (péniblement) ses rayons de soleil, direction Vénus et la Sibérie !

Jean Chappe d’Auteroche, Vénus et la Sibérie

Portrait de l’Abbé Jean Chappe d’Auteroche (1722-1769) / dessiné par Jean-Martial Frédou et gravé par Jean-Baptiste Tilliard (estampe ; en ligne sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b55001540k/f1.item)

Jean Chappe d’Auteroche, abbé cantalien, brillant étudiant en mathématiques et en astronomie, est nommé adjoint astronome à l’Académie des Sciences de Paris en 1759. L’année suivante, missionné par le roi pour observer le phénomène astronomique du transit de Vénus, il prend part à une expédition qui le mène aux confins de la Sibérie, dans la ville de Tobolsk.

Le Voyage en Sibérie, publié en 1768 à Paris, rapporte cette aventure. Il est le premier récit français traitant de la Russie à mêler considérations scientifiques, données géographiques ou climatiques et réflexions ethnologiques. L’abbé Chappe y relate toutes sortes d’observations qu’il a pu noter lors de son périple : de ses découvertes au détail de son parcours semé d’embûches…

Plus qu’un voyage, un véritable périple !

En effet, dès le début de son voyage, il casse ses instruments, puis rate son embarquement en Hollande et se fait voler son « porte-manteau »…

Par la suite, il se retrouve souvent bloqué ou ralenti par la neige, la glace ou la débâcle. Cela lui permet néanmoins de découvrir « pour la première fois la facilité de voyager avec des traîneaux : nous allions avec la plus grande vitesse, sans éprouver aucun accident », admet-il.

En parallèle, il nous livre des descriptions de tout ce qui le marque lors de son voyage sans cacher son hostilité pour de nombreuses mœurs du monde russe. Cela provoque, après la publication du livre, la colère de l’impératrice Catherine II. Elle lui répond en 1770 dans son Antidote, livre de plus de 500 pages dans lequel elle réfute toutes les affirmations de l’Abbé.

Chappe réussit à observer ce fameux phénomène astronomique. Il s’agit du passage de Vénus exactement entre la Terre et le Soleil. Se produisant seulement deux fois par siècle à huit ans d’intervalle, visible à l’œil nu à condition d’être équipé de matériel à filtre solaire, à l’époque de notre ouvrage, il a lieu en 1761 et 1769. Pour notre siècle, c’était en 2004 et 2012.

Mappemonde sur laquelle on a marqué les heures et les minutes du temps vrai de l’entrée et de la sortie du centre de Vénus sur le disque du soleil […] le 6 juin 1761 […] par M. De L’Isle (en ligne sur Gallica : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8491384k/f1.item)
Code couleurs utilisées pour cette carte :
– Vert : où l’on ne voit que l’entrée et une partie du transit ;
– Jaune : où l’on ne voit qu’une partie ou que la sortie du transit ;
– Rouge : où l’on voit tout
– Rien : où l’on ne voit rien

De retour à Paris, il écrit son livre et prépare son prochain voyage en Californie mexicaine pour observer à nouveau le transit de 1769. Il y parvient sans difficultés, devenant le seul astronome à avoir étudié le double phénomène au XVIIIe siècle. Cependant, trois jours après, il contracte une « maladie épidémique dangereuse » qui sévit en Californie et lorsque son état s’arrange, il insiste pour observer une éclipse de Lune. La fatigue provoque une rechute de la maladie dont il meurt finalement le 1er août 1769, tout de même satisfait d’avoir accompli sa mission.


Une autre histoire d’observateur de transit malchanceux

Autre français à avoir été missionné pour observer le transit de Vénus en 1761, Guillaume-Hyacinthe-Joseph-Jean-Baptiste Le Gentil de La Galaisière s’est rendu à Pondichéry et en a fait un récit. Ce livre, Voyage dans les mers de l’Inde […] publié à Paris en 1779, fait également partie du fonds ancien de la bibliothèque Lettres et Sciences humaines (Res 520).

Il part en 1760, mais le conflit colonial de la guerre des Sept Ans l’empêche de débarquer et donc d’observer le phénomène. Une fois la ville restituée à la France en 1763, il décide de rester sur place, de construire un observatoire et de réunir le matériel nécessaire pour observer le passage de Vénus prévu pour 1769. Arrivent le jour du transit, et de mauvaises conditions météorologiques qui empêchent l’observation ! Suite à ce second échec, il décide de rentrer en France, mais une tempête déroute et oblige son bateau à faire escale à La Réunion.

Lorsqu’en 1771, il réussit enfin à rentrer chez lui, tous le croit mort : son siège à l’Académie des sciences a été réattribué, sa femme s’est remariée, ses héritiers se sont partagés ses biens… Il faudra deux procès et l’intervention du roi pour qu’il récupère ses droits.


Le premier volume du tome 1 du Voyage en Sibérie de Jean Chappe d’Auteroche est actuellement exposé au 2e étage de la bibliothèque Lettres et Sciences humaines. L’intégralité du texte (2 tomes en 3 volumes) est, quant à elle, disponible en ligne sur Gallica.

M. l’Abbé Chappe étoit de taille médiocre, assez replet, d’une tempérament robuste & très-vif ; il avoit une ame simple, libre & franche & un cœur noble, droit & plein de candeur ; il étoit naturellement gai, social & porté à l’amitié ; il étoit lié avec ce qu’il y avoit de plus grand, le Roi même daignoit souvent s’entretenir avec lui & a honoré sa mort de ses regrets ; jamais personne n’a été plus désintéressé que lui, il aimoit la gloire, mais il ne voulait l’obtenir qu’à bon titre ; il vouloit mériter ses faveurs & non pas les dérober ; son courage & sa fermeté étoient sans bornes, ce que nous avons dit de lui en fournit plus d’une preuve ; il eût été seulement bien à désirer que la dernière qu’il en a donnée & qui mérite tant d’éloges, lui eût été moins funeste.

Histoire de l’Académie royale des sciences

Pour en savoir plus

Vous pouvez également voir une vidéo du transit de 2012 :

Et si vous souhaitez connaître les dates des prochains transits de Vénus : http://astro.ukho.gov.uk/nao/transit/V_1761/index.html !

Merci à Delphine Bramaz, stagiaire, et à Alice Mauvillain pour ce riche article et leur travail sur les fonds patrimoniaux de la bibliothèque Lettres et Sciences humaines – SCD Bordeaux Montaigne.

Le Nouveau Monde à l’époque de Montaigne : autour de l’Histoire générale des Indes de Francisco López de Gómara

C’est dans ce refuge [sa bibliothèque], qui était en même temps un observatoire, que [Montaigne] lut les relations des voyageurs français au Brésil […] mais aussi les chroniqueurs espagnols […].

Frank Lestringant, Le Brésil de Montaigne, p. 11-12

L’Histoire générale des Indes de Francisco López de Gómara parait en 1552 à Saragosse dans l’atelier d’Agustín Millán. La première partie est une chronique de la découverte et de la conquête de l’Amérique de Christophe Colomb à Francisco Pizarro, et la seconde concerne la conquête du Mexique mais elle est surtout conçue comme une biographie du conquistador Herman Cortés.

C’est un succès et l’ouvrage est à nouveau édité l’année suivante à deux reprises en Espagne. Malgré une ordonnance royale d’interdiction, suivront très rapidement en 1554 une autre édition saragossane et trois anversoises.

Il s’agit des dernières versions espagnoles avant le XVIIIe siècle, car la censure est virulente : pour accéder au texte, il faudra désormais le lire en italien, en français ou en anglais (sur ce point, voir aussi : Christian Duverger, Cortés et son double, p. 63-64) !

Cet ouvrage du XVIe siècle est actuellement exposé à la bibliothèque Lettres et Sciences humaines (3e étage) à l’occasion du Moi(s) Montaigne.

Les parcs naturels en France métropolitaine

Cette exposition de cartes s’intéresse aux parcs naturels français. Qu’ils soient régionaux ou nationaux, ces espaces mis en valeur sont caractérisés par une forte ruralité et porteurs d’un riche patrimoine naturel et culturel.

L’exposition se situe au carrefour des questions du CAPES et de l’agrégation de géographie (« Les espaces ruraux en France », « Les espaces du tourisme et des loisirs »), mais peut intéresser tous les publics souhaitant en savoir plus sur ces espaces protégés.

Du plus ancien (Parc national de la Vanoise, 1963) jusqu’au plus récent (PNR de l’Aubrac, 2018), venez (re)visiter ces parcs à travers des cartes, et pourquoi pas préparer de prochaines vacances…

Rendez-vous à la bibliothèque de géographie-cartothèque du 6 mai au 30 juin !

Extrait de la carte du Parc naturel régional des Landes de Gascogne