[Chronique BD] Les hommes sont des cons

Un homme qui appelle son chat Pipi et son chien Caca ne peut pas être foncièrement mauvais. A fortiori quand ce misanthrope forcené s’avère doté d’un talent certain pour le dessin, aussi aiguisé et coriace que son sens de l’humour.

Les hommes sont des cons, éditions les Cahiers dessinés (2013)
Les hommes sont des cons, éditions les Cahiers dessinés (2013)

À l’heure où la France semble émousser lentement une passion subite pour le dessin de presse, il est bon de se pencher sur l’œuvre des grands anciens de la profession, au rang desquels le bordelais Yvan Le Louarn alias Chaval siège en bonne place.

Après des débuts amèrement collabo au Progrès pendant la guerre, il publiera pendant presque trente ans dans des journaux aussi divers que Paris-Match, La Vie Catholique illustrée, Bizarre, Le Nouvel Obs, le Figaro, Ici Paris ou Planète, sans compromettre son esprit acide et désespéré de comportementaliste kafkaïen, jusqu’à son suicide en 1968.

Également cinéaste (de courts-métrages, dont le fameux « Les Oiseaux sont des Cons »), graveur et écrivain, il aura disséqué le « progrès », l’aliénation ordinaire et la condition de l’homme moderne en cultivant un humour à froid bien à lui, désopilant mélange d’humour noir, d’absurde et de non-sens, d’humour vache ou bête et méchant, capable du tour de force de dérider les plus aigris. Même Céline y succombait.

« Le burlesque de Chaval met en scène un monde qui serait interprété par un Buster Keaton sexagénaire et chauve sur un scénario de Beckett. »

Paru chez Les Cahiers Dessinés, excellent éditeur qui a pour but de mettre en valeur le dessin, trop souvent relégué comme parent pauvre des Beaux-Arts, Les Hommes sont des Cons compile des dizaines de dessins classés en cinq grandes thématiques: les hommes, l’art, la politique, l’amour et les bêtes, avec des recherches graphiques plus abstraites à la fin du Cahier.

D’un trait gras, vif et nerveux, Chaval croque sèchement des personnages à la Raymond Souplex, homoncules chauves à gros sourcils, comme taillés à la serpe. Des personnages qui pourraient évoquer le Chat de Geluck si le gros félin avait troqué son éternelle bonhomie contre l’ironie rageuse du désespoir : « Si mes dessins sont meilleurs que les autres, c’est qu’ils vont jusqu’au bout : ils détruisent tout. Mais ils vont jusqu’au bout parce que j’y vais moi même, et que je me détruis aussi ».

Auteur de la chronique : Thierry Spaite

[chronique BD] Mon ami Dahmer

Mon ami Dahmer, éditions « ça et là » (2013)

Bien connu aux USA pour son strip hebdomadaire The City publié dans plus de 140 journaux, John « Derf » Backderf a grandi dans une petite bourgade paisible de l’Ohio, entre Akron et Cleveland, campagne boisée et banlieues résidentielles. En même temps que Jeffrey Dahmer, futur « cannibale de Milwaukee » soit l’un des plus fameux serial killer américain (responsable de 17 meurtres, nécrophilie, cannibalisme, fétichisme post-mortem, etc) alors adolescent solitaire et perturbé dans les mêmes collège et lycée. Préfacé par l’incontournable Stéphane Bourgoin, LE spécialiste de la question serial killer en France, Mon Ami Dahmer, retrace les adolescences parallèles des deux camarades sur fond de vies de familles pas si tranquilles. En plus de ses souvenirs personnels, Derf a mené l’enquête, revu et interviewé des dizaines de témoins de l’époque, lu et relu les dossiers du FBI, les dépositions et les interviews de Dahmer pour livrer un témoignage de première main sur cette descente aux enfers d’un ado à la dérive, alcoolique dès 14 ans, homosexuel contrarié et étripeur d’animaux, fasciné par les cadavres et les entrailles, dont l’existence très solitaire et totalement déprimante n’a pas croisé un destin qui aurait pu l’éloigner de ses pulsions morbides. Sorte de fantôme farfelu et malsain malgré sa carrure d’athlète, Dahmer hante les bois derrière chez lui ou le parking du lycée où il planque ses flasques d’alcool. Derf et ses potes l’ont repéré, en ont même fait leur mascotte (il devient un héros de BD burlesque dans le journal du lycée), imitent ses comportements étranges et montent un vrai Dahmer fan-club ! Sans soupçonner, ni eux ni personne, ni ses parents ni aucun adulte (ce que Derf trouve le plus ahurissant avec le recul), les terribles démons qui dévorent leur camarade. Malgré des épisodes alarmants, évidences à rebours…

[chronique BD] Francis blaireau farceur

Francis, blaireau farceur

Ne pas se fier aux riantes et bucoliques couvertures de cette série de petits formats concoctés par le duo Claire Bouilhac (Melody Bondage, Maud Mutante …) et Jake Raynal, auteur iconoclaste et pilier de Fluide Glacial dans lequel il publie la série SF Les Nouveaux Mystères et des adaptations de classiques comme la Bible ou Les Misérables résumés en 2 pages. Francis, Blaireau farceur (et gaffeur),  cache sous son air bonhomme une personnalité des plus troubles, faite d’autoflagellation, de lâcheté sournoise et de perversité assumée. Sur un format old school et concis de six cases (dont la première est toujours la même : Francis se promène dans la campagne), le duo déroule d’hilarantes histoires à l’humour vache et aux twists aussi soudains qu’ahurissants, dont la temporalité accélérée (l’action pourrait se dérouler sur plusieurs mois voire une vie entière) augmente grandement le potentiel comique.

Avec une exploitation jubilatoire du malheur des autres et une mécanique du running gag à la chaine de conséquences funestes, Francis, grosse boule de poil aux prises de conscience subites et idées de génie tordues, n’est que le jouet de ses créateurs sadiques. En envoyant ce bon Francis de coups de théâtre en accidents de la vie dès la deuxième case, à la manière de la fameuse série d’animation La Linea, il peut être fait prisonnier dans un camp pendant la guerre (excellent crossover La Grande Évasion / L’Emmerdeur), être victime du marasme économique et obligé d’émigrer pour nourrir sa famille, ou, tout aussi soudainement, écraser un petit enfant. Dès lors sa vie bascule et un nouvel Ordre (ou un nouveau Désordre) s’établira. La suite des aventures et des crises soudaines du mustélidé farceur dans Francis veut mourir, Francis cherche l’amour, Francis sauve le monde, Francis rate sa vie … Une véritable petite Martine des sous-bois.

Auteur de la chronique : Thierry Spaite

Hommage à Jacques Le Goff

Faut-il vraiment découper l'histoire en tranches ?

Le monde des historiens et de la culture retiendra surement les ouvrages de Jacques Le Goff. Il est né le 1er janvier 1924, à Toulon. Dans sa jeunesse, il se révéla « antimilitariste » et « résolument du côté du Front Populaire ». Il enseigna d’abord à Paris, puis à Lille avant d’entrer au CNRS et de devenir, à partir de 1972, directeur de le VIe section de l’École Pratique des Hautes Études. Il étudia presque tout du Moyen-Âge, des rêves à la représentation des corps. Certains de ses ouvrages eurent un fabuleux succès, à l’image de La Naissance du purgatoire de 1981 ou de Saint Louis, paru en 1996.

Jacques Le Goff s’est éteint le 1er avril 2014, à Paris.

Les bibliothèques de Lettres et d’Histoire-Histoire de l’Art, Elie Vinet, vous proposent de découvrir ou redécouvrir les travaux de Jacques Le Goff à travers une sélection dans Babord+. Certains de ces ouvrages sont exposés à la bibliothèque Élie Vinet.

Auteur de l’article : Marion Anras

Profiter des ressources numériques de l’université dans Google Scholar

Google Scholar - logo

Billet publié le 28 mars 2014 et mis à jour en mars 2021.

Vous connaissez certainement Google Scholar, la version orientée littérature scientifique du célèbre moteur de recherche : ce billet va vous proposer de l’adapter à vos usages.

Le but du jeu

Un des seuls reproches que l’on puisse faire à Google Scholar est d’être générique et de ne pas tenir compte, par défaut, des ressources numériques de l’université. Le but du jeu est donc de faire en sorte que Google Scholar vous reconnaisse pour vous proposer un lien « privilégié » sur les articles pour lesquels l’université dispose d’un abonnement.

Une fois Google Scholar configuré, un lien supplémentaire apparaît

Configurer Google Scholar

À l’université

Si vous êtes sur un poste de l’université, vous serez a priori détecté·e automatiquement et n’aurez rien à faire. Si vous n’êtes pas reconnu·e, faites comme si vous étiez à distance et passez au point suivant.

En dehors de l’université

La configuration est liée à votre navigateur (ou à votre compte Google si vous en avez un) :

  1. Allez dans les Préférences de Google Scholar
  2. Recherchez « Université Bordeaux Montaigne » dans la section « Liens vers des bibliothèques »
  3. Cochez l’établissement
  4. Cliquez sur Enregistrer
Dans Google Scholar : Menu > Paramètres > Liens vers des bibliothèques > Recherchez « Université Bordeaux Montaigne »

À retenir

  • Le lien « Trouver @ Bdx Montaigne » ne s’affiche que si l’université dispose d’un abonnement à la revue ou à l’e-book.
  • La configuration est liée à votre compte Google si vous en avez un, à votre navigateur sinon.
  • Les bibliothécaires sont à votre disposition pour vous apporter toutes les informations supplémentaires sur ce service.

Rencontre avec Alain Veinstein

« La poésie introduit juste ce qu’il faut de silence pour troubler le vacarme. »
Alain Veinstein, Cent quarante signes (2013)

Alain Veinstein - 140 signes
Alain Veinstein – 140 signes

Une rencontre avec le poète et écrivain Alain Veinstein aura lieu le mardi 25 mars 2014 à 16h dans la salle multimédia de la Bibliothèque Universitaire de lettres. Elle est proposée par les éditions Le bleu du ciel dans le cadre du festival Poésie espace public 2014.

Alain Veinstein a écrit de nombreux recueils de poésie, dont Tout se passe comme si qui lui a valu le prix Mallarmé en 2001, et plusieurs romans. En 2003, l’ensemble de son œuvre poétique a été récompensé par le grand Prix de Poésie de l’Académie Française. 

L’homme de lettres est aussi un homme de radio. Il est la voix des nuits de France Culture avec son émission Surpris par la nuit et ses entretiens littéraires nocturnes Du jour au lendemain.

Pour plus d’informations sur Alain Veinstein vous pouvez par exemple consulter:

Chacun son genre à la BU

Logo "Oui can be we"
Logo « Oui can be we »

La BU lettres accueille le mercredi 26 mars deux manifestions du festival Chacun son genre. Ce festival, organisé par l’association Oui Can Be We en partenariat avec l’atelier Genre de l’Université Bordeaux Montaigne, s’intéresse aux questions de genres et de sexualités à travers l’art et la culture.

Dans ce cadre, deux événements se dérouleront dans la salle multimédia de la BU lettres :

  • A 10h30 : une conférence gesticulée sur la transidentité animée par  l’association Trans 3.0 de Bordeaux
  • A 14h00 : une projection des vidéos de l’artiste Solenn Denis « La fabriqueuse de drames » autour des genres et des stérétoypes de genre. Elle sera suivie d’un débat animé par des membres de l’association Oui Can Be We.

D’autres manifestations auront lieu sur le campus. Pour plus d’informations, vous pouvez consulter la page facebook de l’événement ou le site internet de l’association.

La BU possède un fonds d’ouvrages sur le genre que vous pouvez d’ores et déjà consulter !

Chronique BD : « Pour en finir avec le cinéma » / Blutch

Pour en finir avec le cinéma © Dargaud
Pour en finir avec le cinéma © Dargaud

« A la place d’acteurs morts depuis trente ans, tu ferais bien de te préoccuper de tes enfants… » C’est suite à cette sentence définitive, la première d’une longue série, que Blutch prend cette funeste résolution, toute aussi définitive : « en finir avec le cinéma, ici même et aujourd’hui. » Pour cela, il lui faudra d’abord retourner à la source de son amour perdu ou très contrarié, et partir explorer l’essence même du médium, ostentatoire et manipulateur, art et technique, artisanat et industrie de masse depuis ses origines. S’en suivent des dialogues aigres-doux avec une succession de femmes complices mais pas complaisantes, tantôt lectrices, tantôt danseuses (ex-compagnes, anciennes amantes et héroïnes passées comme Mademoiselle Sunnymoon) répondant au narrateur suivant le degré d’amertume et de nostalgie de ses réflexions sur sa relation de cinéphile fétichiste et masturbateur avec son propre Panthéon, et l’évolution perpétuelle de cette muse merveilleuse mais perdue aux mains d’un « milieu débile » vu comme un ogre corrupteur, « obscène et boursoufflé », affublé de tous les vices : « La grande trouvaille du XXe siècle, c’est pas l’atome ni la relativité, non ! C’est les orchestres et le théâtre en conserve… La voilà la révolution véritable ! Les récitals et le mélodrame dupliqués en quantité industrielle et lancés dans la circulation et vendus au plus grand nombre d’habitants sur Terre possible… »

Abondent bien sûr les références cinématographiques mais aussi littéraires, regardant le 7e art à travers ses rapports avec la poésie, le théâtre, la peinture, la mode et la publicité. Entre deux évocations émues de héros fétiches et de « scène furtives et indélébiles », de la figure christique de l’acteur jeté en pâture sur l’écran et mourant littéralement sous nos yeux, film après film, et celle éternellement érotique de l’actrice en Sisyphe du désir, Blutch entreprend de se désenvouter du filtre diabolique qui a pris possession de sa vie : « On s’est fait posséder… le cinéma nous a possédé… En grandissant, on deviendra comme les acteurs américains. On ne s’imagine pas autrement qu’en futurs Burt Lancaster, athlétiques, échevelés, immanquablement prêts pour la bagarre. On ne sera pas différents des héros de film : on s’en sortira toujours à la fin et l’été ne finira pas. »

Le cinéma nous a menti, dupé, trahi. La débilitante usine à rêves nous a possédé avec la toute puissance de l’expérience vécue, nous possède encore profondément et continuera sans nul doute encore longtemps à nous posséder. Voila le nœud gordien de la relation charnelle, métaphysique et quasi-mystique de Blutch avec l’objet de sa cinéphilie.

Entreprise courageuse (ou suicidaire) de désenvoutement et de désillusion, déclaration d’amour pleine de reproches ou faux-enterrement et vrai procès transpirant la passion, cet album au regard kaléidoscopique et à la narration aussi singulière qu’un roman total, interroge notre relation à l’image, à l’Art, à l’expérience partagée, au souvenir, au temps qui passe et détruit tout.

Plus convaincant que convaincu, Blutch, une fois dépossédé et désabusé, ne voit plus dans le cinéma qu’une gigantesque supercherie, une effroyable machinerie qui dévore les corps des acteurs et les âmes des spectateurs, leur argent en passant. Que reste-il de cette machine à se bercer d’illusions, une fois démystifiée au vitriol de la lucidité ? Réponse de danseuse : « Un filet à papillon pour attraper le cœur des filles » et des garçons…

Vous trouverez cet ouvrage dans le fonds BD de la BU Lettres sous la cote BD BLUT.

Le centenaire de la Grande Guerre dans les bibliothèques de l’Université

Illustration © Casterman, Tardi

« Je refuse la guerre et tout ce qu’il y a dedans. Je ne la déplore pas moi… Je ne me résigne pas moi…Je la refuse tout net avec tous les hommes qu’elle contient, je ne veux rien avoir à faire avec eux, avec elle. Seraient-ils 995 même et moi tout seul, c’est eux qui ont tort et c’est moi qui ai raison car je suis le seul à savoir ce que je veux : je ne veux plus mourir »

Louis-Ferdinand Céline, Voyage au bout de la nuit.

A l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale, les bibliothèques de Lettres, d’Histoire-Histoire de l’Art  et d’Études germaniques  mettent en avant leurs collections sur le sujet. Vous pouvez dès à présent consulter et emprunter ces documents.

À la BU Lettres :

A la BU Histoire-Histoire de l’art :

À la BU d’Allemand :

Pour aller plus loin :

Illustration © Casterman, Tardi

Marion Anras