Rencontre avec le patrimoine documentaire à la bibliothèque Lettres et Sciences humaines (Journées européennes du patrimoine)

À l’occasion des Journées européennes du patrimoine 2019 (21 et 22 septembre), la bibliothèque Lettres et Sciences humaines de l’Université Bordeaux Montaigne a tenu à vous faire découvrir quelques uns de ses trésors documentaires !

Ce sont ainsi 4 documents qui ont été exposés et présentés par Alice Mauvillain, notre collègue en charge des fonds patrimoniaux de la bibliothèque. Retour sur l’histoire de ces documents qui n’en manque pas.

Une des premières cartes sur laquelle figure le nom « Amérique »

Cette édition d’un commentaire de Solin par Camers est un prétexte pour parler du « gymnase vosgien », collectif d’érudits humanistes établit à Saint-Dié dans les Vosges à qui l’on doit le baptême de l’Amérique.

En possession, grâce à leur protecteur René II duc de Lorraine, d’une copie du texte d’Amerigo Vespucci, Mondus Novus, et de cartes marines manuscrites, leur ambition est de donner une nouvelle édition de la Géographie de Ptolémée en l’actualisant de ces récentes découvertes.

Ils vont à cette occasion produire dans leur atelier d’imprimerie en 1507, un document cartographique majeur : le planisphère de Martin Waldseemüller. Première carte murale du monde xylographiée, première à calligraphier le mot Amérique et à entourer le nouveau monde d’eau en faisant ainsi un véritable continent. Elle va connaitre un destin hors du commun, relaté en détail dans un livre de Toby Lester.

En effet, de grand format (1 290 x 2 320 mm) imprimée sur douze planches distinctes, publiée séparément du traité de géographie qui l’accompagne, elle devait être assemblée et encollée sur de la toile, elle était donc fragile…

Oubliée, dépassée et remplacée, elle disparut totalement alors que le nom d’Amérique s’est rapidement imposé en Europe. Elle est considérée comme perdue jusqu’à sa redécouverte en Allemagne en 1901. A ce jour, seuls 3 exemplaires supplémentaires sont recensés, tous retrouvés au cours de ces huit dernières années !

Jusqu’alors, l’existence du planisphère de Waldseemüller n’était connue qu’à travers les dédicaces de l’Introduction à la cosmographie et sa représentation que par l’intermédiaire des copies de cartographes qui devinrent célèbres comme Sebastian Münster, Heinrich Glaréan, Petrus Apianus puis Mercator.

C’est ainsi que la carte d’Apian, seule illustration de notre ouvrage, fut considérée pendant environ 400 ans comme la plus ancienne version imprimée qui contribua à faire accepter le toponyme : America.

Document exposé

Solin (02..-02..) ; Johannes Camers (1447-1546)

Joannis Camertis minoritani arteum et sacrae theologiae doctoris in C. Julii Solini πολυίστωρa Enarrationes. Additus eiusdem Camertis index, tum literarum ordine, tum rerum notabilium copia / per commodus studiosis. Cum gratia & privilegio imperiali. Ou Polyhistor

Édition : Vienne (Autriche) : Lukas Alantsee et Johann Singriener, 1520

Note générale : La carte géographique gravée sur bois d’Apian porte le titre : « Tipus orbis universalis iuxta Ptolomei cosmographi traditionem et Americi Vespucii aliorumque lustrationes a Petro Apiano Leysnico elucubrata An. Do. M.DXX« . Elle fut considérée pendant environ 400 ans comme la première carte sur laquelle le nom « Amérique » était mentionné.
Note sur l’exemplaire : Reliure basane, tranches rouges, 16e siècle, restaurations anciennes.
Note sur la provenance : Ex-libris manuscrit d’un couvent bordelais cancellé au titre

Cote : Res 5156

Pour aller plus loin

Un dictionnaire hors du commun

Robert Estienne fut un célèbre imprimeur parisien. Humaniste érudit comme en témoignent sa vie, son activité éditoriale et ses amitiés avec Guillaume Budé, Jean du Bellay et surtout Jacques Lefèvre d’Etaples. Il publiera belles lettres, auteurs classiques, antiques et textes sacrés, maîtrisant les langues grecque, latine et hébraïque. Imprimeur du roi François Ier, il s’illustra aussi sur un plan typographique en collaborant avec Joffroy Tory ou Claude Garamont.

Par ailleurs, véritable lexicographe, il montra un intérêt constant pour les ouvrages consacrés à la langue : alphabet, grammaire, rhétorique et dictionnaire… Celui exposé en fait partie.

Il s’agit du premier grand dictionnaire français dont la nomenclature part des mots français et non pas latins. Il parait sous les presses de son auteur en 1539, l’année de l’ordonnance de Villers-Cotterêts, acte fondateur de la primauté et de l’exclusivité du français dans les documents et actes relatifs à la vie publique du royaume de France. C’est aussi la première fois qu’un ouvrage porte le nom français de « dictionaire » (avec un seul « n ») du latin médiéval dictionarium, collection de mots (dictiones).

C’est la réversion de son Dictionarium latino-gallicum, paru un an plus tôt, destiné à l’usage des latinistes, et en quelque sorte l’ancêtre du Gaffiot. Cependant, concernant notre ouvrage, si la langue française est bien celle des entrées du dictionnaire, ce n’est pas elle qui est mise en valeur. Le français permet plutôt de découvrir les tournures latines. Les lettres fleuries de l’alphabet majuscule sont gravées par Joffroy Tory. Revues et augmentées, les éditions des dictionnaires d’Estienne seront encore nombreuses chez plusieurs imprimeurs au XVIIe siècle.

L’exemplaire dont dispose la bibliothèque est d’autant plus précieux qu’il a appartenu à Henri II Estienne son fils, lui aussi imprimeur.

Il a également appartenu à Charles Beaulieux, bibliothécaire qui dirigea la Sorbonne entre les deux guerres. Éminent spécialiste des livres du XVIe siècle, il est également lexicographe et auteur entre autres d’une réforme de l’orthographe du français. Il a réuni une remarquable collection de grammaires et de dictionnaires dont la bibliothèque universitaire fit l’acquisition en 1954. Ses ouvrages sont souvent annotés, toujours au crayon d’une écriture fine et bien serrée. On le constate particulièrement sur son exemplaire interfolié de sa Liste des dictionnaires lexiques et vocabulaires français antérieurs au « Thrésor » de Nicot entièrement retravaillé.

Document exposé

Robert Estienne (1503 ?-1559)

Dictionaire francoislatin, contenant les motz & manieres de parler francois, tournez en latin.

Édition : Paris : Robert Estienne, 1532

Illustration : Lettres ornées à fond criblé gravées sur bois par Geoffroy Tory
Note sur l’exemplaire : Reliure velin, décors à double encadrement de filets dorés avec fleurons, aux armes des Fugger, surmontées des initiales accolées HE d’Henri Estienne, tranches mouchetées, 16e siècle.
Note sur la provenance : Fonds Beaulieux 1954 (Inv. n° 593)

Cote : Res 593

Pour aller plus loin

Voir aussi

Entre photographie et architecture, le travail d’Alphonse Terpereau

Alphonse Terpereau est un photographe nantais né en 1839. Il s’installe à Arcachon où ses photos des villas de la ville d’hiver le font connaître. Après le transfert de son atelier à Bordeaux, il se spécialise dans des photographies d’architecture, lors de la construction d’ouvrages d’art dans le Midi de la France et des transformations urbaines de Bordeaux au XIXe siècle.

Ainsi missionné par les Service des travaux publics de la ville de Bordeaux, la Compagnie des chemins de fer du Midi ou le Ministère des Travaux public, Alphonse Terpereau devient alors le premier photographe professionnel établi à Bordeaux au service de l’aménagement du territoire girondin, et donc un témoin privilégié de l’activité des ingénieurs et des architectes entre 1860 et 1890.

La majorité des photographies de cet album provient d’une commande de l’architecte municipal bordelais Pierre-Charles Durand. Ce sont des vues de l’ancienne faculté des Lettres et des Sciences qu’il a construit entre 1880 et 1886 à l’emplacement du couvent des Feuillants où Michel de Montaigne fut enterré en 1592. Il s’agit de l’actuel musée d’Aquitaine. Six photographies cependant concernent la faculté de Droit. Font également partie de l’œuvre de Pierre-Charles Durand à Bordeaux : la synagogue, le marché des Douves, le portail du Parc Bordelais, l’hôtel du Paty et l’ancienne bibliothèque municipale.

Document exposé

Alphonse Terpereau (1839-1897)

Université de Bordeaux : [album de photographies]

Date : [vers 1886] | Lieu : [Bordeaux]

Description : 31 épreuves sur papier albuminé collées sur carton (environ 19×25 cm ou 31×44 cm) montées sur onglet, reliées dans un album au format oblong.

6 vues de la faculté de Droit de Bordeaux et 25 vues de la faculté des Sciences et des Lettres de Bordeaux

Pour aller plus loin

Alphonse-Terpereau
Alphonse Terpereau : Autoportrait, sans date.

L’ambitieuse enquête d’Édouard Bourciez

Édouard Bourciez, linguiste et romaniste, est un spécialiste de l’occitan et plus particulièrement de la langue gasconne. Il débute sa carrière universitaire à la Faculté des Lettres de Bordeaux en 1883. Il y occupe à partir de 1895 la première chaire de « Langues et littératures du Sud-Ouest de la France ». A la même période, il entreprend une vaste enquête sur les parlers gascons de la région dont il présentera les résultats au public lors de l’Exposition universelle de Bordeaux de mai 1895. Il va, avec le concours des inspecteurs d’académie et les services de l’éducation nationale, récolter la transcription en idiomes gascons d’une version française de la Parabole de l’enfant prodigue auprès de tous les instituteurs en poste dans les communes de la région.

Sa préface est on ne peut plus claire : « le titre de ce recueil indique le but que nous nous sommes proposé ».

Fait étonnant : toutes les communes sans exception ont retourné leurs copies !

Le résultat est compilé en 17 volumes de 4444 pièces manuscrites qui ont depuis été confiés à notre bibliothèque et dont voici quelques exemplaires.

Également exposés et disponibles à la bibliothèque :

Documents exposés

Édouard Bourciez (1854-1946)

Recueil des idiomes de la région gasconne. Premier volume : Gironde, 1 (Bordeaux, Lesparre, Blaye)

Date : 1895 | Lieu de production : Aquitaine, Gironde (Bordeaux, Lesparre, Blaye)

Description : Premier des 17 volumes du recueil des communes des dix départements de langue gasconne. 248 pièces Papier. 285 × 218 mm. Demi-reliure chagrin.

Cote : Ms 29

Le mot de la fin

À bientôt !

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