« La Terre des Fils » de Gipi, la post-apocalypse en bandes dessinées

Sur les causes et les motifs qui menèrent à la fin, on aurait pu écrire des chapitres entiers dans les livres d’histoire. Mais après la fin, aucun livre ne fut plus écrit.

On trouve ces quelques mots en introduction et en quatrième de couverture de La Terre des Fils, ce nouvel album de Gipi, iconoclaste auteur italien, également réalisateur et illustrateur pour le quotidien national La Reppublica. Un livre est pourtant au cœur de cette histoire post-apocalyptique plus proche de La Route de Cormac McCarthy que de The Walking Dead : le journal rédigé par le père des deux fils. Pour qui ? Pour quoi ? Sachant qu’il ne leur a jamais appris ni à lire ni à écrire, leur parlant le moins possible du monde d’avant qui ne ferait que les affaiblir et les rendre encore plus fragiles dans ce nouveau monde rude et rustre, où chaque rencontre est un danger mortel potentiel.

Les garçons. Ils ont tué un chien. C’est normal pour nous. Maintenant. Les chats, les chiens, on les tue. On les mange. C’est très bien. Mais moi, là, avec eux… Je devrais faire quoi ? Leur dire qu’avant, les chiens restaient sur les tapis. A côté des divans. Dans des maisons bien chaudes. Sèches. Et qu’au lieu de les manger, on les caressait ? Mais si je le faisais… Je devrais leur dire ce qu’était un tapis, un divan, une maison sèche. Et les caresses…

Que transmettre à ses fils de la douceur et de la beauté d’un monde à jamais disparu quand leur quotidien n’est plus que survie, peur et violence, isolés dans leur maison flottante sur un lac entouré par la mort, redevenue aussi banale qu’au Moyen Age ? C’est tout le dilemme qui ronge ce père, préférant alors stricte discipline et coups de bâton aux souvenirs et caresses pour toute éducation. Jusqu’au jour où lui aussi succombera, plus vite qu’il ne le croit, laissant ses deux adolescents seuls et livrés à eux-mêmes.

Ne pas se fier à cette couverture pas très engageante et à un dessin broussailleux qui tiendrait plus du crayonné que de Photoshop, rarement deux point noirs auront été si expressifs dans les regards.

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