[Chronique BD] the bus

Sélectionné à Angoulême en 2103 dans la catégorie Patrimoine suite à sa judicieuse réédition par les éditions Tanibis, « le bus » (toujours écrit en minuscule) est une série de strips réalisés par Paul Kirchner à partir de 1979 et publiés dans Heavy Metal, la version US de Métal Hurlant, jusqu’en 1985.

the bus / Paul Kirchner

Ex-assistant de Wally Wood (grand maître des EC Comics horrifiques), créateur du Dope Rider dans High Times et illustrateur aussi bien pour Screw que le NY Times, Paul Kirchner puise son inspiration chez Magritte, Escher ou Bosch (on peut voir une farandole de monstres tirés du Jugement Dernier traverser devant « le bus ») pour composer ses histoires particulièrement graphiques où plane l’esprit fantastique et SF de La Quatrième Dimension.

La plupart du temps réduites à six ou huit cases, ces histoires en forme de tranches de vie se déroulent comme un numéro clownesque où un anonyme en imper jouerait le clown blanc dans un scénario stéréotypé du quotidien (attendre ou prendre le bus) s’enfonçant progressivement dans la logique absurde et implacable de l’Auguste « bus », sobre mais déterminé. Ou quand un grain de sable surréaliste fait dérailler la monotonie du réel.

Des restrictions qui permettent au talent créatif de Kirchner de déployer tout son génie dans des gags fantastiques, poétiques et/ou métaphysiques qui ont certainement impressionné des auteurs comme Caza (Scènes de la vie de banlieue) ou Marc Antoine-Mathieu avec ses limitations très OuBaPiennes.

Le dessin est en N&B hachuré mais épuré, débarrassé de toute bulle, même si quelques textes ou inscriptions (la destination du bus, les arrêts, les panneaux de signalisation, les affiches dans la rue, les devantures des magasins) se diffusent épars à travers les cases. Jusqu’aux histoires dont « le bus » personnifié est le héros, celles où une « voix off » raconte la vie des bus à la manière d’un reportage animalier sur les hippopotames, leur lente domestication par l’homme et les luttes sociales qui agitent désormais les transports en commun (« Bus du monde, unissez-vous ! »). Ou la difficile ascension du « bus » en tant qu’apprenti starlette et sa dérive dans la délinquance.

Auteur de la chronique : Thierry Spaite

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s