[chronique BD] La confrérie des cartoonists du Grand Nord

La confrérie des cartoonists du Grand Nord
La confrérie des cartoonists du Grand Nord

Les Canadiens ont un énorme avantage sur les autres lorsqu’il s’agit de faire de la BD, à cause de leur tendance naturelle à la dépression », dixit Henry Pefferlaw aka Seth. Une déclaration qu’Aki Kaurismaki aurait parfaitement pu faire sienne à propos des finlandais et du cinéma, en n’oubliant pas l’alcoolisme corollaire.

Pourtant, à part quelques auteurs underground confirmés comme Dave Cooper et les québécois Julie Doucet et Henriette Valium (pour la dépression), ou les deux érotomanes tristes Chester Brown et Joe Matt, la bande dessinée canadienne est tellement méconnue en France que la géniale falsification de Seth fonctionne pleinement. (Attention SPOILER) Il nous avait déjà fait le coup en 2006 avec sa biographie délirante mais tellement vraie de Wimbledon Green, le plus grand collectionneur de comics du monde. Cette fois, Seth se fait plus mélancolique mais plus ambitieux encore, car c’est tout un pan de la culture populaire qu’il recrée devant nos yeux crédules, un véritable travail de mémoire fantasmée.

Guidé par ce gentleman farceur, on parcourt les différentes salles de la Confrérie des Cartoonists du Grand Nord, vénérable institution hébergée dans un grand immeuble de pierre rose dans la ville imaginaire de Dominion (en clin d’œil historique à la création du Canada indépendant en 1867). Pièce par pièce, le tour du propriétaire de ce labyrinthe dédié au 9e art nous apprendra bien des histoires et nombre de détails touchants ou croustillants sur ses auteurs illustres, tous membres de cette honorifique corporation. A la manière du merveilleux Forgotten Silver, canular « documenteur » de Peter Jackson sur un improbable pionnier du cinéma néo-zélandais, Seth nous embarque dans son rêve d’un âge d’or de la BD canadienne à travers des auteurs et des personnages qui n’ont jamais vu le jour, tous complètement inventés, sauf – pincée de vérité indispensable à toute fiction crédible – Joe Matt et Doug Wright, vrai père de la BD made in Canada, dont Seth se charge par ailleurs de superviser la réédition rétrospective.

Copiant le style graphique des comics strips d’antan, son dessin suit la plume de Schultz, père de Snoopy et des célébrissimes Peanuts, comme Chris Ware se servait de la patine des anciennes gloires de l’âge d’or américain (Mickey Mouse, Krazy Kat ou Felix le Chat) dans Quimby The Mouse. Un graphisme, une mise en page en 9 cases et une belle édition à la reliure old school, judicieusement adaptés à cet exercice de style ludique, infiniment nostalgique. Preuve supplémentaire que l’on peut très bien ressentir la nostalgie d’un âge d’or, d’une époque disparue ou d’une culture que l’on n’a pas connue ou qui n’a même jamais existé.

Chris Ware prétendait lui aussi : « Fictions are my memories »

Auteur de la chronique : Thierry Spaite

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