[chronique BD] Blonde platine

Blonde platine / Adrian Tomine (2001)
Blonde platine / Adrian Tomine (2011)

Né en 1974 à Sacramento, Adrian Tomine publie dès l’âge de 16 ans son propre fanzine Optic Nerve, photocopié et laissé en dépôt-vente chez des libraires BD pour le prix exorbitant d’un dollar. Malgré cette première expérience éditoriale vouée à l’échec commercial, le jeune américain d’origine japonaise persévère et progresse vite, très vite. Sept numéros et trois ans plus tard, les ventes atteignent 6000 exemplaires, et Tomine, alors étudiant en littérature à Berkeley, est débauché par l’excellent éditeur québécois Drawn and Quarterly. C’est chez lui que paraissait en 2003 la première édition de Blonde Platine, recueil de quatre histoires douces-amères en forme de chroniques intimes qui touchent à l’universel. Construites sur des trames quasi-sociologiques et comportementales, ces tragédies minuscules témoignent d’une grande acuité et d’un sens aigu de l’observation, ainsi qu’une parfaite maitrise de la narration graphique jouant habilement des ellipses et des silences.

Quelque part entre Houellebecq et Raymond Carver pour la finesse et la noirceur du regard, Tomine ausculte les rapports sociaux avec la lucidité d’un entomologiste compatissant, en maintenant surtout sa focale dirigée vers la solitude, l’asociabilité, la normalité, la misère affective et sexuelle ou les orientations encore floues, la parenthèse largement extensible entre adolescence et âge adulte, ou la famille dysfonctionnelle et pourvoyeuse d’angoisses et névroses plus que de réconfort et de sérénité.

Ces quatre nouvelles réalistes et subtiles dessinent d’un trait épuré, très inspiré de Daniel Clowes, le split screen d’un teen movie intimiste croisant Virgin Suicides et Elephant de Gus Van Sant, ou Extension du Domaine de la Lutte avec Comment Je me suis disputé… (Ma vie sexuelle), pour son étude des difficultés relationnelles modernes et des possibilités ténues d’établir un contact entre disqualifiés du marché de la séduction, avec la sexualité adoptée comme valeur capitaliste par des acteurs aux comportements rationnels.

Auteur de la chronique : Thierry Spaite

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